Clôture du sommet sur le financement du développement : 192 pays signent le « Compromis de Séville », sans les États-Unis, mais avec un appel historique à taxer les ultra-riches.
Sous le ciel incandescent d’Andalousie, la quatrième Conférence internationale sur le financement du développement s’est achevée hier soir dans un mélange de volontarisme multilatéral et de lucides frustrations. Si le sommet a abouti à l’adoption du « Compromis de Séville » par 192 pays, l’absence des États-Unis et l’absence de mesures contraignantes ternissent en partie ce bilan. Pourtant, un signal fort a été lancé : il est temps de faire payer les ultra-riches.
Un accord global… mais non contraignant
Le « Compromis de Séville » appelle à mobiliser l’équivalent de 4 000 milliards de dollars par an, nécessaires à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) d’ici 2030. Il propose notamment :
- le triplement des capacités de prêt des banques multilatérales ;
- une réforme des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI en faveur des pays vulnérables ;
- une augmentation des recettes fiscales à 15 % du PIB ;
- l’instauration de clauses de suspension automatique de la dette en cas de crise majeure.
Ce texte, fruit d’intenses négociations, n’a pas de valeur juridique contraignante. Mais il constitue une feuille de route politique, en amont de la COP30 prévue en novembre à Belém (Brésil).
L’Espagne et le Brésil sonnent la charge fiscale
Le moment fort du sommet est venu de l’alliance inattendue entre l’Espagne et le Brésil, qui ont lancé un appel mondial pour taxer les ultra-riches. Objectif : instaurer un impôt mondial de 2 % sur les grandes fortunes, potentiellement capable de générer 250 milliards de dollars par an.
Cette proposition, intégrée au texte final, s’accompagne d’initiatives concrètes :
- création d’un registre mondial des patrimoines,
- renforcement de l’échange d’informations fiscales entre États,
- transparence accrue des structures juridiques opaques.
Pour José Gilberto Scandiucci, représentant brésilien à l’ONU, « cette proposition n’a rien d’idéologique. Elle répond à une réalité radicale : les inégalités ne cessent de croître pendant que les plus riches échappent à l’impôt ».
Les États-Unis absents, mais le multilatéralisme tient bon
La principale ombre au tableau reste le boycott américain. Washington a rejeté le processus, estimant que l’ONU dépasse ses prérogatives sur les questions fiscales et financières. Cette absence affaiblit le poids diplomatique du Compromis, mais n’a pas empêché le reste du monde de s’engager.
António Guterres, secrétaire général de l’ONU, s’est montré lucide : « Le texte adopté à Séville ne résout pas tout, mais il démontre que le multilatéralisme reste vivant. »
Une pression citoyenne qui porte ses fruits
En marge du sommet, des milliers de manifestants ont réclamé l’annulation de la dette, une fiscalité juste et plus d’ambition climatique. Les ONG saluent des avancées symboliques, mais regrettent le manque de garanties de mise en œuvre.
« Ce sommet a semé des graines, mais sans mécanisme de suivi contraignant, il risque de devenir un catalogue de bonnes intentions », prévient un représentant d’Oxfam.
Et maintenant ?
Le rendez-vous est pris pour la COP30 à Belém, où les mécanismes de financement climatique et les engagements fiscaux seront à nouveau testés. La dynamique lancée à Séville, notamment sur la taxation des grandes fortunes, pourrait faire école si des coalitions politiques fortes émergent.
Séville n’a pas offert une révolution. Mais elle a ouvert un chemin. Entre fracture diplomatique et audace fiscale, le monde semble prêt à affronter les tabous de la finance mondiale. La justice fiscale n’est plus un slogan, mais une exigence posée noir sur blanc dans un texte international. Reste à savoir qui, au-delà des signatures, aura le courage d’agir.
La Rédaction

