Une nouvelle fracture dans le chaos soudanais. L’alliance Tasis, coalition regroupant des groupes armés, des partis politiques et des figures de la société civile alliés aux Forces de soutien rapide (FSR), a annoncé ce 1er juillet la formation de son propre conseil de gouvernance, affirmant ainsi son ambition de créer un gouvernement parallèle au pouvoir militaire en place à Port-Soudan.
L’annonce, très médiatisée, a eu lieu à Nyala, capitale du Darfour du Sud, territoire stratégique sous contrôle des FSR. À la tête de cette nouvelle structure : le général Mohamed Hamdan Daglo, alias Hemedti, commandant des FSR, nommé président du conseil. Il est secondé par Abdel Aziz al-Hilu, chef du SPLM-N, mouvement rebelle historiquement opposé au régime central de Khartoum.
Une coalition fragile, mais symbolique
Cette manœuvre politique intervient après plus de quatre mois de tractations internes au sein de l’alliance Tasis, née à Nairobi en février dernier. Le long délai avant l’annonce officielle témoigne des divisions persistantes au sein de la coalition. Toutefois, l’adhésion d’Abdel Aziz al-Hilu est perçue comme un coup politique majeur : son mouvement contrôlait jusque-là des régions importantes du Nil Bleu et du Kordofan du Sud, et avait longtemps combattu les milices janjawid, ancêtres des FSR.
Pour Hasbelnabi Mahmoud, membre de la direction de Tasis, ce rapprochement est historique : « Le général Hemedti a pris des positions claires en faveur d’un État laïc et démocratique, sans discrimination. C’est un engagement que partagent nombre de Soudanais. »
Un contre-pouvoir politique face à l’armée
Depuis le début de la guerre civile en avril 2023, l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, s’est repliée à Port-Soudan, sur la mer Rouge, où elle tente de maintenir un semblant d’autorité. La FSR, elle, contrôle de vastes régions à l’ouest, notamment au Darfour, et impose de facto un pouvoir parallèle.
La création de ce gouvernement alternatif officialise donc une bipolarisation du pouvoir au Soudan, posant un sérieux obstacle aux efforts de médiation internationaux. Reste une inconnue de taille : où siégera ce gouvernement Tasis ? Aucun choix n’a encore été annoncé, même si Nyala ou une autre ville contrôlée par les FSR pourrait être envisagée comme future capitale politique.
Une guerre politique de plus en plus assumée
Ce geste politique est perçu par certains analystes comme une tentative de Hemedti de légitimer son pouvoir par des institutions civiles — une démarche qui pourrait lui permettre de gagner en influence auprès d’acteurs internationaux lassés par les promesses non tenues de la junte militaire.
Mais sur le terrain, le conflit continue de faire rage, avec des milliers de morts et des millions de déplacés. Dans un pays déjà profondément divisé, l’émergence d’un double gouvernement pourrait prolonger indéfiniment la crise ou, au contraire, ouvrir la voie à une refondation politique si un dialogue s’engage.
La Rédaction

