
Au Bangladesh, la lumière des plages contraste avec les ombres de l’exil.
À Cox’s Bazar, station balnéaire prisée du sud-est du pays, le sable doré caressé par les vagues du golfe du Bengale attire chaque année des millions de visiteurs. Pourtant, à seulement quelques kilomètres des hôtels climatisés et des restaurants en bord de mer, plus d’un million de réfugiés rohingyas survivent dans des camps surpeuplés et insalubres. Là se joue l’un des plus saisissants paradoxes humanitaires contemporains.
Une station balnéaire en plein essor
Longtemps méconnue à l’international, Cox’s Bazar est devenue l’une des destinations les plus courues d’Asie du Sud. Avec sa plage continue de 120 kilomètres — la plus longue du monde selon les autorités locales — et son climat ensoleillé toute l’année, la ville a développé une offre touristique solide. Complexes hôteliers, vols quotidiens depuis la capitale Dacca, infrastructures modernes : le tourisme est ici un pilier économique majeur, attirant près de 3,7 millions de visiteurs chaque année.
À quelques pas, l’exil permanent
Mais à peine éloigné du front de mer, un tout autre visage de Cox’s Bazar se révèle. Celui d’un refuge de fortune pour les Rohingyas, cette minorité musulmane originaire de Birmanie, persécutée depuis des décennies. En 2017, une campagne militaire d’une violence extrême pousse plus de 700 000 Rohingyas à fuir vers le Bangladesh. Aujourd’hui, plus d’un million d’entre eux vivent dans une dizaine de camps dont Kutupalong, considéré comme le plus grand camp de réfugiés au monde.
Les conditions de vie y sont dramatiques : manque d’eau potable, surpopulation, violences, risques sanitaires et un avenir bloqué pour toute une génération. Les ONG tentent d’agir, mais la lassitude des bailleurs et la complexité géopolitique régionale réduisent les perspectives d’amélioration.
Une coexistence troublante
La proximité entre ces deux réalités — le luxe balnéaire et la détresse humanitaire — frappe les visiteurs autant que les habitants. Comment comprendre qu’une même ville puisse à la fois offrir détente et oubli à ses touristes, et incarner un drame humanitaire d’une telle ampleur ?
Pour les autorités bangladaises, cette cohabitation est un défi constant. D’un côté, le tourisme est un levier économique essentiel. De l’autre, la présence prolongée des réfugiés rohingyas devient de plus en plus difficile à gérer, tant sur le plan logistique que diplomatique. Les appels au retour volontaire vers la Birmanie sont lancés, mais la situation sécuritaire là-bas reste instable, voire dangereuse.
Une image fracturée du monde
Cox’s Bazar est ainsi devenu un symbole des contradictions du monde globalisé. Dans cette ville, le soleil des vacances côtoie l’ombre du déracinement. Ce paradoxe met en lumière l’écart grandissant entre les préoccupations du tourisme mondialisé et les réalités migratoires ignorées. Il interroge : que reste-t-il de notre capacité collective à voir et agir quand la misère est à deux pas de notre confort ?
La Rédaction

