Richard Laté Lawson-Body construit une œuvre à la fois silencieuse et bouleversante. Sa récente série “Défaite de l’humanité” ne montre pas la guerre : elle en restitue l’empreinte, l’effondrement intérieur, la perte de repères.
Togolo-ghanéen Né à Lomé, Richard Laté Lawson-Body découvre très tôt le pouvoir du geste. À neuf ans, il s’initie à la calligraphie. Entre 2008 et 2010, il devient responsable du service de calligraphie à la présidence de la République togolaise. Pourtant, c’est ailleurs que son trait se libère vraiment : dans l’art plastique, où l’encre, l’abstraction et la douleur se rencontrent.
Autodidacte, diplômé en gestion à l’Université de Lomé, il se forge une signature singulière, entre arts visuels, installation, art numérique et pratiques poétiques. Son langage plastique s’inscrit dans une abstraction gestuelle qui évoque autant l’intimité du trait que la violence du monde. Il y interroge les traces : celles que le temps, la mémoire ou la guerre laissent sur les corps et les esprits.
Le cercle comme promesse rompue
Dans sa série « Défaite de l’humanité », Lawson-Body choisit le cercle comme forme centrale. Un cercle qui n’unit plus, mais qui témoigne. Un cercle devenu œil voilé, poumon de cendres, souffle brisé. Ici, pas de drapeaux, pas de fusils, pas de batailles. Rien que des lavis, de l’encre, de l’eau, du silence. « La guerre, écrit-il, ne se résume pas aux images spectaculaires. Elle se loge dans les ruines mentales, dans les mécanismes froids qui broient. »
C’est un invisible blessé que l’artiste tente de faire apparaître. Il n’illustre pas : il révèle. Chaque œuvre devient un espace de méditation, une tentative de figurer l’indicible. La guerre y est présente comme un souffle coupé, un langage désarticulé, une humanité en rature.
Une esthétique de la faille
Son travail trouve un écho dans les grands noms de l’abstraction lyrique : Kandinsky, Max Ernst, Soulages. Mais chez Lawson-Body, la matière est toujours porteuse de mémoire. Il mêle encres, lavis, techniques numériques, parfois du papier quadrillé comme grille fragile d’un monde désordonné. Sa gestuelle est volontairement incertaine, comme si la main tremblait avec le monde.
La citation de saint Jean‑Paul II traverse toute la série : « La guerre est toujours une défaite de l’humanité. » Pour Lawson‑Body, il ne s’agit pas d’un slogan, mais d’un axiome existentiel. Chaque guerre entame le tissu même de ce qui nous rend humains. Alors, son art devient acte de veille, cri muet, refuge provisoire pour un infini blessé.
Résister par l’art
Exposé au Togo, au Sénégal, au Japon, en France ou au Luxembourg, Richard Laté Lawson‑Body n’a jamais cherché les projecteurs. Son œuvre s’adresse d’abord à celles et ceux qui savent écouter le silence. En 2018, il est le seul artiste africain sélectionné pour un projet d’art postal et numérique en Italie. En 2020, il expose à Lomé dans Caresser le monde. En 2022, c’est la galerie Nosbaum Reding au Luxembourg qui accueille ses œuvres aux côtés d’artistes de renon tels que Barthélémy Toguo, Siriki Ky, Fredy Tsimba.
Pour lui, l’encre est le médium juste. Elle tache, elle cède, elle tremble. Elle agit comme la mémoire ou la peur : instable. Dans chaque trace, il y a une onde de choc. Et dans chaque cercle, une absence.
« Défaite de l’humanité », c’est la tentative de tenir debout au milieu de l’effondrement. C’est l’art comme dernière lampe allumée dans un monde qui oublie.
En parallèle de sa création plastique, Richard Laté Lawson‑Body consacre aussi une part importante de son temps à valoriser d’autres artistes contemporains, du continent africain et d’ailleurs. Sur le site La Cinquième (www.lacinquieme.tg), il signe ou contribue à plusieurs portraits sensibles et puissants, comme :
• Koyo Kouoh. Figure emblématique de l’art contemporain africain
• Souleymane Ouologuem : Un peintre entre ciel et terre
• Franck Bertran. Peindre pour se perdre, regarder pour se trouver
• Zak Ndam. Artiste, prophète de l’harmonie intérieure
• L’artiste travaille. Payez-le
Une manière pour lui de prolonger son geste artistique par un engagement critique et solidaire, dans une même quête de transmission, d’humanité et de sens.
La Rédaction

