Face à ce qu’il perçoit comme une complicité tacite de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans les frappes israélo-américaines ayant ciblé ses sites nucléaires, l’Iran a annoncé la suspension de sa coopération avec l’organisation onusienne. Une rupture qui remet en cause des décennies de surveillance internationale et pourrait précipiter une nouvelle vague de sanctions, accentuant l’isolement diplomatique et la crise économique de la République islamique.
Une décision motivée par la colère
À l’issue de douze jours d’affrontements avec Israël – et dans une moindre mesure avec les États-Unis – qui ont visé plusieurs installations nucléaires iraniennes, le Parlement de Téhéran a voté, mercredi 25 juin 2025, la fin de la coopération avec l’AIEA. Le texte a été approuvé dès le lendemain par le Conseil des Gardiens, ultime verrou institutionnel avant sa ratification par la présidence.
Pour les autorités iraniennes, l’agence internationale aurait failli à sa mission en ne condamnant pas les frappes contre ses infrastructures nucléaires. Pire : selon elles, la résolution du 12 juin dernier, dans laquelle l’AIEA accusait l’Iran de ne pas respecter ses engagements, aurait été utilisée comme justification politique et diplomatique aux attaques militaires.
Un partenariat historique menacé
Signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) depuis 1970, l’Iran avait accepté depuis plus de 50 ans que ses activités nucléaires soient placées sous surveillance. À partir de 2003, le pays avait même autorisé des inspections plus poussées, après que des révélations d’activités secrètes ont entaché sa crédibilité.
L’Accord de Vienne de 2015, signé avec les grandes puissances, avait renforcé cette coopération. Mais depuis le retrait des États-Unis sous Donald Trump en 2018, l’équilibre s’est fragilisé. Téhéran avait déjà commencé à réduire son niveau de transparence, tout en maintenant un lien minimal avec l’AIEA. Ce lien est désormais rompu.
Ce que dit le droit international
L’Iran, toujours signataire du TNP, est juridiquement tenu de coopérer avec l’AIEA. Pour son directeur Rafael Grossi, cette collaboration ne relève pas de la bonne volonté de Téhéran, mais d’une obligation formelle. En refusant les inspections, en désactivant les caméras de surveillance ou en coupant la transmission de données, Téhéran se placerait en situation de violation du traité.
Dans un tel cas, l’AIEA a la possibilité de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU, ouvrant la voie à de nouvelles sanctions internationales. À moins que l’Iran ne décide de se retirer du TNP, comme la Corée du Nord en 2003 – un scénario redouté par la communauté internationale.
Un isolement diplomatique croissant
Suspendre la coopération avec l’AIEA revient à couper le dernier fil ténu entre l’Iran et les institutions multilatérales. Alors que le pays assure que son programme nucléaire reste pacifique, une telle opacité alimente toutes les suspicions. Elle compromet aussi les chances de reprise du dialogue avec les États-Unis.
Or, un espoir ténu subsiste : en marge du sommet de l’OTAN, Donald Trump a évoqué de possibles discussions avec Téhéran dès la semaine prochaine. Une ouverture qui risque d’être étouffée par cette nouvelle escalade.
En rompant avec l’AIEA, l’Iran prend le risque d’un isolement accru, d’un durcissement des sanctions et d’une défiance générale à l’égard de son programme nucléaire. Si cette décision répond à un sentiment d’injustice et à une stratégie de confrontation, elle pourrait surtout faire basculer la République islamique dans une impasse diplomatique durable – avec des répercussions dramatiques sur une population déjà fragilisée.
La Rédaction

