Un simple coup de fil a suffi à faire vaciller le gouvernement thaïlandais. Depuis la fuite d’un enregistrement entre la Première ministre Paetongtarn Shinawatra et l’ancien dirigeant cambodgien Hun Sen, la classe politique thaïlandaise est en ébullition. La coalition au pouvoir se désagrège, les appels à la démission se multiplient, et le spectre d’un putsch militaire ressurgit.
Une coalition déstabilisée
Mercredi 18 juin 2025 au soir, le parti conservateur Bhumjaithai, pilier de la coalition gouvernementale, a claqué la porte. Motif : un désaccord politique latent, exacerbé par les propos tenus par la Première ministre lors d’une conversation téléphonique privée avec Hun Sen. Dans cet échange devenu public, elle qualifie un général thaïlandais, pourtant en fonction à la frontière avec le Cambodge, « d’opposant » – une sortie jugée inacceptable par les milieux militaro-royalistes.
La familiarité de son langage — Paetongtarn appelant Hun Sen « oncle », une marque de respect en Asie — a été interprétée, dans le contexte diplomatique tendu, comme une faute de protocole et de loyauté nationale. Résultat : la coalition ne tient plus qu’à un fil, privée des 69 députés du Bhumjaithai dans une chambre basse déjà instable.
Excuses publiques et colère populaire
Consciente de la gravité de la situation, Paetongtarn Shinawatra a rapidement présenté ses excuses, appelant à la « prudence » et à « l’unité ». Elle s’est affichée aux côtés de hauts responsables militaires pour tenter de rassurer une opinion publique troublée et une armée susceptible de s’en mêler.
Mais le mal est fait. Le Parti du Peuple, principale force d’opposition, exige sa démission immédiate. Des centaines de manifestants se sont déjà rassemblés devant le palais gouvernemental, ravivant les tensions historiques entre « Chemises rouges » et « Chemises jaunes », figures emblématiques de la polarisation politique thaïlandaise.
Le scénario de la dissolution
Face à cette impasse, deux issues majeures sont désormais envisagées : la nomination d’un nouveau chef de gouvernement à partir d’une nouvelle majorité parlementaire, ou bien la dissolution pure et simple de l’Assemblée et la tenue d’élections anticipées dans un délai de 60 jours.
Mais le climat reste tendu. La Thaïlande, qui a déjà connu une douzaine de coups d’État réussis depuis 1932, voit son armée réaffirmer son attachement « aux principes démocratiques » tout en soulignant son rôle de garant de la souveraineté nationale. Une déclaration lourde de sous-entendus, à l’heure où le nom de la famille Shinawatra — souvent perçue comme l’ennemi des élites conservatrices — revient sur le devant de la scène.
Une instabilité structurelle dans un contexte mondial incertain
Ce nouvel épisode s’ajoute à une instabilité chronique qui mine le pays depuis deux décennies. L’éventualité d’un retour aux urnes, dans un climat politique fracturé et sous pression de l’armée, inquiète d’autant plus que le pays fait aussi face aux contrecoups de l’offensive protectionniste américaine, qui ralentit ses exportations et fragilise son économie.
La Thaïlande, comme souvent dans son histoire politique, se retrouve à la croisée des chemins, suspendue entre crise interne, menace institutionnelle et défi économique mondial.
La Rédaction

