Alors que la convocation du corps électoral se fait attendre pour la présidentielle prévue en octobre 2025, une panne persistante inquiète au Cameroun : le site officiel d’Elections Cameroon (Elecam), l’organe chargé de l’organisation des scrutins, est inaccessible depuis plusieurs semaines. Et avec lui, l’outil permettant aux électeurs de vérifier leur inscription sur les listes électorales.
Une simple maintenance, assure Elecam, sans indiquer de date de rétablissement. Mais pour beaucoup, cette opacité numérique sème le trouble, à l’heure où la transparence électorale est plus que jamais réclamée.
Une panne prolongée et peu expliquée
Le site internet www.elecam.cm, censé offrir un accès aux informations électorales essentielles, ne répond plus. Impossible pour les électeurs de consulter leur statut sur les listes ou d’obtenir des précisions sur les échéances à venir. La réponse officielle évoque une opération de maintenance, mais sans détail ni communication claire.
Même le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, reconnaît le préjudice. « Il y a des informations qui devaient être mises à la disposition de nos militants par Elecam et ce n’est pas le cas », déplore Patrick Rifoe, communicant du parti. « C’est une situation qui cause un préjudice à tout le monde… Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur. »
L’opposition crie à la dissimulation
Pour le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), cette panne ne relève pas du hasard. Joseph-Emmanuel Ateba, secrétaire national à la communication du parti, y voit une stratégie délibérée :
« C’est exprès qu’ils le font, affirme-t-il. Ils ne veulent pas que les Camerounais vérifient leurs noms sur les listes électorales et se rendent compte de la supercherie. Un organe censé être indépendant ne peut pas fonctionner ainsi. »
Doutes civils et méfiance croissante
La société civile aussi exprime son inquiétude. Philippe Nanga, directeur exécutif de l’ONG Un Monde Avenir, alerte sur les conséquences d’un silence numérique prolongé : « Quand ça dure plusieurs semaines, ce n’est plus un incident, c’est un problème. À l’heure de la désinformation, il faut des espaces officiels accessibles pour obtenir la bonne information. »
De son côté, l’ingénieur Remi Tassing, du mouvement Stand Up For Cameroon, avait déjà tiré la sonnette d’alarme au trimestre dernier : selon lui, le site d’Elecam ne garantissait pas la sécurité des données personnelles des électeurs.
Un climat de suspicion à quelques mois du scrutin
Dans un pays où les processus électoraux sont régulièrement contestés, cette disparition numérique nourrit une méfiance déjà bien ancrée. À moins de quatre mois du vote, l’indisponibilité du portail d’Elecam jette une ombre sur l’ensemble du processus.
Sans date de retour en ligne ni explication détaillée, l’organe électoral est aujourd’hui accusé de miner la confiance démocratique. Et le silence numérique qui persiste risque de devenir un symbole politique lourd à porter.
La Rédaction

