Dans la banlieue de Dakar, la tuberculose reste bien ancrée malgré les avancées médicales. À Guédiawaye et Pikine, près de 700 cas ont été recensés en six mois, illustrant la résilience d’un fléau sanitaire que le système peine encore à maîtriser.
En 2024, le Sénégal a enregistré 17 286 cas de tuberculose, avec une forte concentration dans la capitale et ses environs. Guédiawaye et Pikine, deux districts densément peuplés de la banlieue dakaroise, cumulent déjà 698 cas confirmés pour le premier semestre 2025. À Guédiawaye, 498 cas ont été recensés, dont 320 sur le seul deuxième trimestre.
Des foyers urbains saturés et vulnérables
La persistance de la maladie s’explique par un cocktail explosif : surpopulation (32 000 habitants/km² à Guédiawaye), promiscuité, pauvreté, stigmatisation, et un accès limité aux soins. « Rien que pour le deuxième trimestre, nous avons enregistré 320 cas », alerte Abdoulaye Diouf, du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT). Le médecin-chef, Dr Diop, note une légère baisse par rapport à 2024, mais confirme que « la situation reste préoccupante ».
À Pikine, 200 malades ont été mis sous traitement sur la même période. L’infirmière Ndèye Marie Diagne observe une tendance similaire, en attendant la consolidation des chiffres du premier trimestre. Ces données suggèrent une circulation communautaire encore active de la bactérie, souvent favorisée par l’ignorance des premiers symptômes ou la peur du regard social.
Un traitement plus efficace mais encore partiel
L’autre urgence, moins visible mais tout aussi inquiétante : un tiers des cas estimés échapperait au système de santé. Ce vide sanitaire freine les efforts de contrôle de la maladie. Pourtant, des progrès sont là. Le taux de succès thérapeutique national atteint 89,4 %, très proche de l’objectif de 90 % fixé pour 2030 par les autorités sanitaires.
Pape Seydi et Macky Diallo, deux patients actuellement sous traitement, racontent leur lutte quotidienne. « La douleur est constante, la fatigue aussi », confie Macky. Pape ajoute : « Je vais mieux, mais la tuberculose m’a physiquement et moralement épuisé. »
Un fléau mondial aux racines africaines
Sur le continent, la tuberculose reste la première cause de mortalité liée à un agent infectieux. En 2023, l’OMS recensait 2,5 millions de nouveaux cas et 404 000 décès en Afrique. La pandémie de Covid-19 a aggravé la situation mondiale, provoquant un pic de 1,6 million de décès en 2021, soit une hausse de 14 % en deux ans.
Face à cette menace silencieuse, le Sénégal redouble d’efforts, notamment dans ses 34 districts les plus touchés, répartis entre Dakar, Thiès, Diourbel, Kaolack, Ziguinchor et Saint-Louis. Mais tant que les cas non détectés continueront à circuler librement, les chiffres officiels resteront partiels et la maladie continuera d’échapper à tout contrôle total.
La Rédaction

