Lors d’une table ronde consacrée à la santé en Afrique, le philanthrope américain Bill Gates a mis en lumière les efforts des pays sahéliens dirigés par des juntes militaires — Burkina Faso, Mali, Niger — tout en adressant de vives critiques au Nigeria, notamment à ses régions du nord.
À contre-courant des idées reçues, Bill Gates a publiquement salué la solidité des systèmes de santé de trois pays du Sahel – le Burkina Faso, le Mali et le Niger – malgré les transitions militaires. En revanche, il s’est dit profondément inquiet de la situation dans le nord du Nigeria, où les taux de vaccination restent dramatiquement faibles.
« Le Niger vaccine mieux que Sokoto »
Répondant à une question du média The Africa Report, Gates a déclaré que les coups d’État militaires n’avaient pas affaibli les politiques de santé publique dans ces pays.
« Certains de ces pays disposent, dans les zones de stabilité, de systèmes de santé plutôt corrects. Le Burkina Faso dispose également d’un bon système de santé. Cela n’a pas changé », a-t-il affirmé.
Comparant les résultats, Gates a pointé du doigt l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria :
« J’aimerais que Sokoto ait un taux de vaccination presque aussi élevé que celui du Niger. C’est bien pire. Plus d’enfants meurent parce que le système de santé primaire n’est pas aussi bien géré. »
Selon lui, le nord du Nigeria enregistre les taux de vaccination les plus bas d’Afrique, inférieurs même à ceux de la Somalie, du Soudan du Sud ou de la République centrafricaine.
Continuité et stabilité dans les pays sahéliens
Paulin Basinga, directeur mondial des politiques à la Fondation Gates, a expliqué cette performance sahélienne par la continuité des équipes médicales malgré les changements de régimes.
« Au Burkina Faso, l’armée a conservé le ministère de la Santé. Nous avons donc continué à travailler avec la même direction. Le pays est en réalité plus stable que beaucoup d’autres. »
L’exemple du professeur Sambo Sow, ancien ministre malien de la Santé maintenu à son poste, illustre cette volonté de préserver l’expertise technique dans les pays concernés.
Le Nigeria face à un déficit sanitaire structurel
Tout en saluant les efforts du ministre nigérian de la Santé, Ali Pate, pour relever les défis budgétaires, Gates a souligné que les ressources restent largement insuffisantes. Le Nigeria a certes alloué 200 millions de dollars supplémentaires dans son budget 2025, mais cette somme ne compense pas la réduction des aides internationales, notamment américaines
« Le montant que le Nigeria dépense pour les soins de santé est très, très faible », a-t-il rappelé, redoutant une aggravation de la mortalité infantile, maternelle et liée aux maladies comme le VIH ou le paludisme.
Gates s’est également inquiété de la baisse des financements de pays donateurs comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, qui réduisent leur aide extérieure pour renforcer leurs budgets de sécurité.
Une alerte pour les bailleurs
Le message est clair : la résilience sanitaire ne dépend pas uniquement des régimes politiques, mais aussi de la stabilité des institutions et de la continuité des partenariats. Dans un contexte de raréfaction des ressources, le sort de millions d’enfants en Afrique dépendra de la volonté politique des États, mais aussi de la solidarité internationale.
La Rédaction

