Alors que le Cameroun entre dans une nouvelle séquence électorale, la convention d’assistance technique signée entre Elections Cameroon (Elecam) et les Nations unies suscite la controverse. Objectif affiché : renforcer la crédibilité du scrutin. Mais l’opacité de la procédure soulève de nombreuses interrogations.
Le 10 mai 2025, Elecam annonçait sur ses réseaux sociaux la signature d’un accord avec le système des Nations unies. Organisée discrètement à l’hôtel Mont-Fébé de Yaoundé, la cérémonie s’est tenue sans la présence des partis politiques ou de la société civile. L’annonce, aussi brève que floue, a immédiatement déclenché une vague de critiques, notamment de l’opposition, qui dénonce un processus verrouillé.
Une convention révélée, enfin
Le contenu du document, révélé en exclusivité par Jeune Afrique, détaille une assistance technique électorale sur le cycle 2025-2027. Il couvre la présidentielle ainsi que les élections législatives, municipales et régionales à venir.
Deux axes majeurs y sont développés :
- Renforcement des capacités : formation du personnel d’Elecam à la gestion électorale, aux risques, à l’éthique et à l’intégration de la dimension genre.
- Promotion de la participation citoyenne : campagnes de sensibilisation destinées à accroître l’inclusion des jeunes, des femmes et des groupes vulnérables dans le processus électoral.
Un partenariat technique multisectoriel
Ce projet est coordonné par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), avec la participation d’autres agences onusiennes : ONU Femmes, l’UNESCO, l’OIM, le FNUAP et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme.
Point important : l’accord ne prévoit aucun financement onusien direct des élections. Elecam précise que le Trésor public camerounais reste le seul financeur des scrutins. L’appui onusien se limite donc à un soutien méthodologique, logistique et institutionnel.
Méfiance persistante dans le paysage politique
Pour de nombreux partis d’opposition, cette convention est un double tranchant : elle peut servir d’alibi démocratique dans un système électoral dont l’indépendance est régulièrement contestée. Le fait qu’elle ait été signée sans consultation ni débat public renforce cette méfiance.
La question centrale demeure : une assistance technique suffit-elle à garantir des élections crédibles dans un pays où les règles du jeu sont elles-mêmes en cause ?
Une réforme électorale toujours attendue
Plus largement, ce débat met en lumière l’urgence d’une réforme profonde d’Elecam. Son mode de nomination, son manque d’indépendance perçu et l’absence de transparence dans ses activités entament la confiance citoyenne. L’appui des Nations unies ne peut pallier à lui seul ces carences structurelles.
L’accord Elecam-ONU est, sur le papier, une tentative de normalisation du processus électoral. Mais dans un environnement politique verrouillé, il risque de n’être qu’un écran de fumée. Pour restaurer la confiance, le Cameroun devra aller bien au-delà de l’assistance technique : il devra engager une refonte institutionnelle réelle et inclusive.
La Rédaction

