La Semaine États-Unis-Afrique s’ouvre sur une inflexion majeure de la stratégie américaine sur le continent. Troy Fitrell, secrétaire d’État adjoint par intérim aux affaires africaines, défendra ce mercredi devant la sous-commission Afrique du Sénat une nouvelle approche centrée sur la diplomatie commerciale. Une orientation résolument tournée vers la concurrence avec la Chine et les enjeux liés aux minerais critiques.
Ancien ambassadeur en Guinée et figure respectée du département d’État, Fitrell s’apprête à détailler les priorités de la doctrine Trump pour l’Afrique. Cette doctrine, déjà esquissée lors du Forum des PDG africains à Abidjan, repose sur un plan en six points visant à replacer le commerce au cœur des relations bilatérales.
Un plan de reconquête commerciale
Le message est clair : la Maison Blanche ne veut plus se contenter d’une relation asymétrique centrée sur l’aide. L’objectif est désormais de « réimpliquer » les ambassadeurs américains dans le soutien actif aux entreprises exportatrices. Les diplomates seront évalués sur leur capacité à conclure des affaires et à lever les obstacles aux investissements, notamment les barrières tarifaires et non tarifaires.
Autre levier : l’infrastructure. Des projets durables seront lancés dans les pays prioritaires pour capter des capitaux privés, pendant que le Département d’État intensifiera les missions économiques sur le terrain. L’idée maîtresse ? Mieux connecter les 300 000 PME américaines tournées vers l’export au marché africain.
L’AGOA, entre réanimation et conditions
Au Capitole, la question du renouvellement de l’AGOA, ce régime commercial préférentiel vieux de 25 ans, sera centrale. Expirant en septembre, l’accord est « sous assistance respiratoire », selon plusieurs observateurs. Fitrell plaide pour une version rénovée et réciproque, conditionnant l’accès aux marchés américains à une plus grande ouverture des économies africaines.
« Ce renouvellement ne peut être automatique », a-t-il déclaré lors d’un échange avec Zainab Usman, du Carnegie Endowment. Il faut, dit-il, « une rénovation fondée sur des intérêts économiques mutuels », traduisant le basculement assumé de l’aide vers le partenariat stratégique.
L’enjeu des minerais : du Congo à Washington
Autre dossier explosif : l’initiative « minéraux contre sécurité » lancée par l’administration Trump dans l’est de la RDC. L’accord, conçu pour contrer l’emprise chinoise sur les ressources stratégiques, suscite l’inquiétude de nombreux élus américains, qui craignent une marginalisation de la société civile congolaise.
Le conseiller spécial Massad Boulos, proche du président Trump, est au centre des négociations avec Kigali et Kinshasa, sur fond de conflit avec le M23. Une lettre de démocrates de la Chambre exhorte à une intégration plus transparente des acteurs locaux dans les discussions.
Cette semaine, le Sénat examinera également la loi ORE, proposée par Chris Coons, qui vise à établir des partenariats scientifiques avec les pays riches en terres rares. En parallèle, une conférence du Council on Foreign Relations abordera les risques géopolitiques liés à ces minerais, avec la participation d’Helaina Matza, ancienne responsable du corridor de Lobito et actuelle dirigeante de TechMet, entreprise stratégique dans l’approvisionnement américain.
Une doctrine de rupture
La tonalité est inédite : l’administration Trump affiche une volonté assumée de rupture. Moins d’aide, plus d’intérêts partagés. Moins d’idéalisme, plus de deals concrets. Si cette stratégie peut séduire certains partenaires africains en quête de croissance, elle interroge sur les conséquences sociales et environnementales d’une telle approche utilitariste.
Reste à savoir si le Congrès, lui aussi en pleine recomposition politique, suivra ce virage doctrinal. Et si les pays africains accepteront les termes d’un nouveau pacte fondé sur une réciprocité encore floue.
La Rédaction

