Elon Musk a choisi de rompre le silence. Dans une interview accordée à l’émission Sunday Morning de CBS, le milliardaire sud-africain naturalisé américain a dénoncé le nouveau plan fiscal de Donald Trump. Un texte qualifié de “colossal” et “décevant” par l’ancien patron du département de l’efficacité gouvernementale (Doge), qu’il avait lui-même dirigé avant de claquer la porte en avril dernier. Ce désaccord public vient fissurer une alliance stratégique tissée au fil des années entre le président des États-Unis et le patron de Tesla.
Le One Big Beautiful Bill Act, adopté la semaine dernière par la Chambre des représentants, prolonge les baisses d’impôts pour les particuliers et les entreprises. Il supprime en revanche les incitations à l’énergie propre instaurées sous Joe Biden, tout en finançant la construction d’un mur à la frontière mexicaine et les dispositifs nécessaires à des expulsions massives de sans-papiers. Coût estimé : 2 300 milliards de dollars de déficit supplémentaire, selon les projections du Congressional Budget Office.
Pour Elon Musk, ce texte vient contrecarrer tous les efforts qu’il avait entrepris au sein du Doge pour rationaliser les dépenses publiques. “Je suis déçu de voir ce projet de loi de dépenses colossal, qui accroît le déficit budgétaire… et compromet le travail de l’équipe Doge”, a-t-il déclaré dans un extrait diffusé sur les réseaux sociaux.
Son ton, désormais critique, tranche avec l’enthousiasme affiché lors de la campagne présidentielle de 2024. À l’époque, le comité d’action politique de Musk avait injecté 200 millions de dollars dans la campagne de Donald Trump, un soutien massif que beaucoup considèrent comme décisif dans son retour à la Maison-Blanche.
Mais les divergences se sont creusées depuis. Musk n’a pas mâché ses mots à l’égard du projet de loi, allant jusqu’à ironiser sur le nom même du texte : “Je pense qu’un billet peut être gros ou beau. Mais je ne sais pas s’il peut être les deux.”
Ces propos, au-delà de l’humour, témoignent d’un malaise plus profond entre deux figures centrales du conservatisme américain. Musk, partisan d’un État plus efficace et tourné vers l’innovation, semble désormais en désaccord avec la stratégie de dépenses massives et de recentrage idéologique de Trump. Cette prise de distance pourrait préfigurer une recomposition des alliances à droite, à mesure que les ambitions personnelles et les orientations économiques entrent en collision.
La rupture entre Trump et Musk, si elle se confirme, pourrait redessiner le paysage politique américain dans les mois à venir. Elle interroge aussi le rôle que compte jouer Musk dans la vie publique : mécène technologique en marge du pouvoir ou figure indépendante, critique des excès de Washington ?
L’avenir dira si cette sortie marque un point de non-retour. Pour l’heure, elle révèle une chose : l’homme qui finançait Trump hier n’est plus prêt à avaliser ses choix budgétaires aujourd’hui.
La Rédaction

