Ce jeudi 29 mai à Abidjan, la Banque africaine de développement (BAD) élit son nouveau président dans un contexte géopolitique tendu. Institution essentielle pour le financement des infrastructures et la lutte contre la pauvreté en Afrique, la BAD fait face à une incertitude majeure liée au retrait partiel des États-Unis du Fonds africain de développement (FAD).
Une banque née pour l’Afrique et par les Africains
Créée en 1964 à Abidjan, la BAD avait pour objectif initial de rassembler exclusivement les pays africains pour financer des projets adaptés aux besoins spécifiques du continent, en particulier les infrastructures. Face à une crise financière dans les années 1980, elle a ouvert son capital à des membres non africains, principalement d’Europe et d’Amérique du Nord, afin de stabiliser ses finances et préserver sa note de crédit.
L’équilibre du pouvoir et l’influence des membres non régionaux
Si la majorité des droits de vote (55 %) reste aux mains des pays africains, les pays non africains, qui fournissent une part importante du financement, influencent fortement les décisions, y compris l’élection du président. Aujourd’hui, la présence des États-Unis, de la Chine et d’autres grandes puissances est déterminante pour la crédibilité et le bon fonctionnement de la banque.
Le retrait américain : un coup dur pour le développement africain
Les États-Unis ont récemment annoncé la suppression de leur contribution de 500 millions de dollars au FAD. Ce fonds joue un rôle crucial pour les pays africains les plus pauvres en leur offrant des prêts à conditions très avantageuses. L’absence de ce financement compromettrait les capacités de la BAD à soutenir ces pays. En cas de retrait total des États-Unis, les conséquences pourraient être encore plus graves : perte d’un actionnaire clé, dégradation de la notation financière AAA, difficulté d’accès aux marchés financiers, et donc une hausse des coûts de financement.
Le défi du futur président : maintenir la stabilité et encourager l’investissement
Le prochain président de la BAD devra gérer un équilibre complexe entre la préservation de la notation AAA, garantissant un accès à des financements à moindre coût, et la nécessité de financer des projets essentiels mais parfois risqués pour le développement durable de l’Afrique. Cette responsabilité sera d’autant plus lourde que le multilatéralisme s’effrite et que la Banque doit s’adapter aux nouvelles réalités géopolitiques.
La Rédaction

