Le FBI débarque en Côte d’Ivoire pour enquêter sur les financements occultes du Hezbollah.
Depuis la semaine du 19 mai, une équipe d’agents américains est à pied d’œuvre à Abidjan. Leur mission : remonter la piste de plusieurs millions d’euros soupçonnés d’avoir transité par des réseaux d’affaires libanais installés dans le pays. L’enquête est menée en étroite coopération avec les services de renseignement ivoiriens.
Une enclave économique au cœur des soupçons
La Côte d’Ivoire, et plus précisément Abidjan, abrite l’une des plus importantes diasporas libanaises du continent africain. Estimée à environ 100 000 personnes, cette communauté, fortement présente dans les secteurs du commerce, de l’immobilier et de la logistique, joue un rôle clé dans l’économie nationale. Mais cette influence économique attire aussi les regards de la communauté internationale, en particulier des agences de sécurité.
Ce sont certains de ces réseaux d’affaires — notamment chiites — qui intéressent aujourd’hui le FBI. Selon des sources concordantes, des flux financiers complexes auraient permis le transfert de fonds vers des entités affiliées au Hezbollah, une organisation considérée comme terroriste par les États-Unis.
Mécanismes de contournement et financement religieux
Le Hezbollah ne finance pas uniquement ses activités par des dons directs. L’organisation est accusée de s’appuyer sur des circuits alternatifs mêlant commerce légal, contournement fiscal, blanchiment d’argent et collecte religieuse. En Côte d’Ivoire, des structures communautaires telles que les mosquées Al-Ghadir ou Al-Zahra ont déjà été pointées du doigt dans d’autres enquêtes internationales comme des centres de collecte de fonds, notamment via la “zakat”, un prélèvement religieux informel.
Certaines figures locales, telles que le diamantaire Nazem Said Ahmad — déjà visé par des sanctions du Trésor américain — illustrent le maillage entre commerce, art, réseaux bancaires parallèles et financement du Hezbollah. Ses activités en Afrique de l’Ouest, notamment à Abidjan, faisaient déjà l’objet d’un suivi étroit par les États-Unis.
Réactions ivoiriennes et pressions internationales
En septembre 2024, les autorités ivoiriennes ont gelé les avoirs de 29 individus suspectés de financer ou d’appartenir à des groupes terroristes. Un signal clair de coopération, notamment vis-à-vis des demandes croissantes des partenaires occidentaux. Quelques semaines plus tard, le Groupe d’action financière (GAFI) ajoutait la Côte d’Ivoire à sa « liste grise », exigeant davantage de transparence en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme.
L’arrivée du FBI à Abidjan s’inscrit donc dans ce contexte de surveillance renforcée. Les services américains, qui disposent d’un bureau régional à l’ambassade, travaillent en lien étroit avec la direction générale ivoirienne du renseignement extérieur. Il s’agit d’identifier les flux suspects, les entités-écrans, mais aussi les individus facilitateurs dans cette mécanique bien rodée.
Une affaire plus géopolitique qu’économique
Au-delà des enjeux de sécurité, l’affaire illustre aussi les lignes de fracture d’un monde en recomposition. Le Hezbollah, allié de l’Iran, étend ses réseaux dans des zones où les institutions sont fragiles ou perméables, et où les communautés chiites peuvent lui servir de relais. Pour Washington, empêcher cette infiltration financière sur le continent africain est devenu une priorité stratégique.
Reste à savoir si l’opération d’Abidjan marquera un tournant dans la lutte contre les financements terroristes en Afrique de l’Ouest — ou si elle ne sera qu’un épisode de plus dans une guerre de l’ombre où les flux d’argent sont aussi mobiles que discrets.
La Rédaction

