L’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) attend des résultats chiffrés. Non pas pour vérifier une éventuelle fraude ou revendiquer une victoire passée sous silence, mais pour savoir si elle peut récupérer les cautions versées lors des dernières élections législatives. Dans le système électoral togolais, une liste doit obtenir au moins 5 % des suffrages exprimés dans une circonscription donnée pour espérer être remboursée. Encore faut-il connaître lesdits pourcentages.
« On n’a pas toujours eu ces résultats. Le Journal Officiel ne donne que les noms des élus, sans les chiffres », déplore Éric Dupuy, porte-parole du parti. L’ANC affirme avoir saisi les autorités, sans réponse. Ce qui suscite une interrogation : un parti aussi expérimenté découvre-t-il seulement aujourd’hui que les données détaillées ne sont pas systématiquement publiées ? La surprise est d’autant plus piquante qu’aucune contestation électorale formelle n’a été engagée.
Refuser de siéger, mais pas de payer
L’ironie ne s’arrête pas là. L’ANC, qui n’a obtenu qu’un seul siège aux législatives, a choisi de ne pas siéger à l’Assemblée, invoquant une protestation contre la nouvelle Constitution. Pourtant, malgré cette posture de rejet institutionnel, le parti annonce sa participation aux élections municipales du 10 juillet, et s’apprête déjà à verser les cautions exigées. Le régime est critiqué, mais pas au point d’en boycotter les échéances budgétaires.
Une légalité à géométrie variable
Le paradoxe se poursuit : l’ANC dénonce un système politique illégitime, mais réclame avec insistance l’application rigoureuse du code électoral. Elle demande la transparence sur les résultats et le remboursement prévu par la loi. On rejette la nouvelle République parlementaire, mais on tient à ses clauses de remboursement. La contestation s’arrête donc aux portes du Trésor public.
Le prix de la participation
Créée pour éviter les candidatures fantaisistes et responsabiliser les partis, la caution électorale semble aujourd’hui alimenter une tout autre mécanique : celle d’un engagement politique devenu purement comptable. Loin des grandes batailles idéologiques, l’ANC en est réduite à réclamer des chiffres pour justifier une restitution, sans remettre en cause les résultats eux-mêmes.
Au fond, ce n’est peut-être pas qu’une question d’argent, comme le soutient M. Dupuy. Mais à force de refuser les sièges tout en réclamant les remboursements, le message se brouille. Et le citoyen observe, perplexe, un jeu démocratique où certains ne veulent pas jouer… mais tiennent à être remboursés.
La Rédaction

