Longtemps présenté comme un carrefour diplomatique et un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest, le Togo se retrouve aujourd’hui au cœur d’une controverse. Deux organisations de la société civile, le Front Citoyen Togo Debout (FCTD) et Tournons la Page-Togo (TLP-Togo), tirent la sonnette d’alarme sur une série d’incidents visant des étrangers et des activistes, mettant à mal l’image d’hospitalité du pays.
Tout commence en septembre 2024 avec l’agression, restée inexpliquée, du militant panafricaniste sénégalais Guy Marius Sagna à Lomé. Un acte perçu comme un tournant par le FCTD et TLP-Togo. Dans un communiqué conjoint daté du 18 mai 2025, les deux structures affirment que l’affaire, toujours impunie, a suscité de vives réactions au sein de la communauté internationale.
Le 2 septembre 2024, deux jeunes activistes béninois et le journaliste togolais Rodrigue Ahégo, membre des deux organisations, sont interpellés à leur arrivée à l’aéroport de Lomé. Menottés, conduits dans un poste de gendarmerie à Djidjolé, ils auraient subi un interrogatoire musclé, des prises d’empreintes et des photographies « comme des criminels », avant d’être relâchés sans explication officielle.
En avril 2025, une militante des droits humains, citoyenne américaine en visite privée, est suivie de manière suspecte près du lac Togo. Selon le FCTD, l’individu aurait pris la fuite après avoir été confronté par le groupe, redoutant une dénonciation auprès des autorités américaines.
Plus récemment, lors de la Conférence de l’Union africaine sur la dette publique (12-14 mai 2025), une citoyenne africaine accompagnée de son nourrisson est expulsée. Accusée d’« activités parallèles » au sommet, elle aurait été interrogée sur ses liens avec des membres de TLP-Togo, avant d’être escortée « manu militari » vers l’aéroport. Là, elle aurait subi un traitement jugé « humiliant » par les services d’immigration.
Dans la même période, deux journalistes de la chaîne RT, venus réaliser un documentaire incluant des interviews de membres du FCTD et de TLP-Togo, sont expulsés vers le Bénin après plusieurs heures d’interrogatoire. Leurs passeports n’auraient même pas été tamponnés, précise le communiqué.
Pour les deux organisations, ces cas révèlent une dérive : la « criminalisation de l’engagement citoyen étranger » et une « suspicion systématique » à l’égard de toute voix dissonante. Une contradiction flagrante, selon elles, entre l’ambition du Togo de devenir une plateforme diplomatique régionale et des pratiques qui, à leurs yeux, bafouent les valeurs africaines d’accueil et le droit international.
« Le Togo ne peut pas être à la fois le siège de grands sommets et le théâtre de persécutions. Il est temps de choisir », alertent le FCTD et TLP-Togo. Les deux structures appellent le gouvernement à respecter les droits fondamentaux des étrangers, à mettre fin aux contrôles abusifs et à garantir un espace civique ouvert.
À ce jour, aucune réaction officielle n’a été publiée par les autorités togolaises. Mais ces dénonciations soulèvent des questions cruciales sur la frontière entre sécurité nationale et libertés fondamentales, dans un pays qui aspire à se poser en garant de la stabilité régionale. La crédibilité diplomatique du Togo pourrait bien se jouer dans sa réponse à ces accusations.
Source : Communiqué du Front Citoyen Togo Debout (FCTD) et de Tournons la Page-Togo (TLP-Togo), 18 mai 2025.
La Rédaction

