Une coopération germano-togolaise pour fertiliser l’avenir
La société CALAFI, acteur majeur de l’innovation agricole au Togo, s’apprête à introduire un changement décisif dans les pratiques agricoles ouest-africaines : l’arrivée d’épandeurs d’engrais de haute précision de la marque allemande AMAZONE. Cette collaboration technologique entre l’Allemagne et le Togo répond à un défi urgent : la faible efficacité de l’épandage manuel, encore pratiqué dans près de 75 % des cas en Afrique de l’Ouest, avec à la clé un gaspillage massif et une érosion progressive de la fertilité des sols.
Modernisation agricole face à l’insécurité alimentaire
Malgré les engagements pris dans le cadre de la Déclaration d’Abuja en 2006 — fixant un objectif de 50 kg d’engrais par hectare — la moyenne actuelle en Afrique subsaharienne reste très inférieure, contribuant à des rendements agricoles qui plafonnent à 30 % des niveaux mondiaux.
« Cette inefficacité freine notre souveraineté alimentaire et renforce notre dépendance aux importations », avertit Lambert Nayanté, directeur général de CALAFI et membre actif de l’Alliance Ouest-africaine pour les Fertilisants (WAFA).
Le modèle ZA-M : une technologie pensée pour l’Afrique
Le modèle ZA-M, déjà déployé à plus de 100 000 exemplaires dans le monde, constitue la pierre angulaire de ce projet. Adapté aux petits tracteurs disponibles localement, il garantit un épandage précis et régulier des engrais. Ce gain de précision permet non seulement d’économiser les intrants, mais aussi de réduire leur empreinte écologique, tout en améliorant la productivité.
« C’est un levier stratégique pour bâtir une agriculture résiliente, efficace et compétitive », insiste M. Nayanté. L’approche de CALAFI repose sur l’intégration d’équipements conçus pour les conditions agroéconomiques spécifiques au continent.
Une approche durable au service de la souveraineté alimentaire
Au-delà de la productivité, la technologie portée par CALAFI s’inscrit dans une démarche environnementale. Selon la FAO, 65 % des terres cultivables africaines sont menacées de dégradation. En réduisant la surutilisation d’engrais, l’épandage mécanisé devient un outil de préservation des sols et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
« Rationaliser l’usage des fertilisants, c’est à la fois combattre la faim et enrayer la perte de biodiversité », résume le directeur de CALAFI.
Une stratégie régionale à moyen terme
Avec une population en forte croissance et une demande alimentaire exponentielle, l’Afrique de l’Ouest est un terrain fertile pour ces innovations. Le Togo servira de projet pilote avant un déploiement dans d’autres pays membres de la CEDEAO. Des modalités d’acquisition adaptées — subventions, crédits agricoles ou partenariats publics-privés — sont à l’étude pour garantir l’accessibilité aux exploitants familiaux, qui représentent l’épine dorsale de l’agriculture régionale.
Vers une autonomie agricole par l’innovation
Cette avancée technologique s’inscrit dans une dynamique continentale portée notamment par l’initiative TAAT (Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine). À travers ces solutions, l’Afrique tente de redéfinir son rapport à l’agriculture : non plus simple réceptacle d’aides, mais acteur de son autonomie et de sa modernisation, avec la technologie comme catalyseur.
La Rédaction

