La décision est tombée comme un couperet. Le 13 mai 2025, les autorités militaires maliennes ont officiellement dissous tous les partis politiques et organisations à caractère politique, instaurant un silence institutionnel sans précédent depuis l’indépendance du pays.
L’annonce, publiée dans le Journal officiel, ne laisse aucune place au doute : il n’existe plus, juridiquement, de partis politiques au Mali. En un décret, la junte balaie près de 30 années de multipartisme et ferme brutalement l’espace d’expression politique. Le coup est aussi historique que radical.
Un tournant autoritaire assumé
Ce basculement n’est pas une surprise. Depuis leur arrivée au pouvoir par deux coups d’État successifs en 2020 et 2021, les militaires au pouvoir n’ont cessé de restreindre les libertés. En avril 2025, ils avaient déjà abrogé la Charte des partis, fragilisant l’existence juridique de plus de 300 formations politiques. La dissolution actée cette semaine parachève ce processus.
Pour Toumany Oumar Diallo, juriste malien, « tout se trouve dans le passé ». « Il n’y a plus aucun fondement légal pour qu’un parti politique existe au Mali, tant qu’une nouvelle loi ne le permet pas explicitement », explique-t-il. Cette situation ne constitue pas une suspension temporaire : elle signifie l’effacement pur et simple de toute organisation partisane. C’est un retour à l’année zéro de la vie politique malienne.
Interdiction des réunions politiques
Au-delà de la dissolution, le décret va plus loin : toute réunion de membres d’un ancien parti est désormais interdite. Les responsables politiques encore en fonction peuvent continuer d’exercer, mais sans afficher aucune appartenance partisane. Une neutralité forcée qui s’apparente à une mise sous surveillance.
Cette mesure s’appuie sur les recommandations d’une concertation nationale organisée en avril, largement boycottée par l’opposition. Dominée par des proches du régime, cette rencontre avait appelé à durcir les conditions de création des partis et proposé le maintien d’Assimi Goïta à la tête de l’État pour cinq ans, sans passer par la case électorale. La dissolution des partis en est la traduction concrète.
Une opposition asphyxiée
La réaction de l’opposition a été immédiate, mais largement étouffée. Une manifestation rare, le 3 mai dernier à Bamako, avait rassemblé quelques centaines de personnes contre la dissolution annoncée. Depuis, les voix critiques se sont tues, fragilisées par des arrestations, des intimidations et un climat général hostile.
La junte n’a plus de calendrier électoral crédible. Elle s’est affranchie de son engagement de transférer le pouvoir à des civils en mars 2024. L’opposition n’existe plus que comme résidu, incapable de s’organiser ou de s’exprimer légalement.
Dans un Mali déjà en proie à une insécurité endémique et une économie vacillante, cette décision consacre une dérive autoritaire sans garde-fou. Le pays entre dans une ère de contrôle total, où le silence politique devient la règle, et la parole démocratique, un risque à éviter.
La Rédaction

