Le groupe bancaire Oragroup, basé à Lomé et actif dans une douzaine de pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale, traverse une zone de turbulences financières sans précédent. Les premiers chiffres de 2025 confirment une dégradation continue de sa situation, malgré des tentatives de sauvetage in extremis en 2024.
Des pertes qui s’aggravent
L’année 2024 s’est achevée sur une perte nette historique de 44,36 milliards FCFA, soit près de 75,4 millions de dollars. Cette contre-performance fait suite à une autre année dans le rouge, avec 18,19 milliards FCFA de déficit en 2023. Ce gouffre s’explique par un provisionnement massif, notamment sur des actifs jugés à risque, qui a réduit à néant l’assiette fiscale du groupe.
Une note dégradée à plusieurs reprises
L’inquiétude des agences de notation n’a cessé de croître. En l’espace de quelques mois, Fitch Ratings a abaissé la note de crédit d’Oragroup à trois reprises :
• En septembre 2024, la note à long terme est tombée à CC, signalant une vulnérabilité extrême.
• En novembre, elle a encore été abaissée à C, laissant entrevoir un risque imminent de défaut.
• Ce n’est qu’en février 2025, après un refinancement de dernière minute, que Fitch a relevé la note à CC, tout en maintenant la note de viabilité à “f”, équivalente à une incapacité de respecter les exigences de fonds propres.
Dépôts en baisse, confiance ébranlée
Le climat de défiance s’est traduit par une contraction des dépôts et des crédits au premier trimestre 2025. Cette baisse d’activité bancaire reflète une perte de confiance des clients, particuliers comme entreprises, qui préfèrent se tourner vers des institutions perçues comme plus solides.
Une recapitalisation incertaine
Pour tenter de redresser la barre, Oragroup a annoncé une augmentation de capital de 160 milliards FCFA, destinée prioritairement à ses actionnaires historiques. Mais ce plan de sauvetage soulève de nombreuses interrogations : les investisseurs suivront-ils alors que le modèle économique du groupe semble fragilisé ? L’État togolais, actionnaire via la holding publique, sera-t-il en mesure de participer à cette opération risquée ?
Un avenir suspendu à des décisions urgentes
Le maintien d’Oragroup dans le paysage bancaire régional dépend désormais de sa capacité à reconstituer des fonds propres solides, restaurer la confiance des marchés et enrayer l’érosion de ses dépôts. À défaut, c’est un domino bancaire qui pourrait chuter, avec des effets collatéraux sur l’ensemble du système financier ouest-africain.
La Rédaction

