Alors que les États-Unis ont drastiquement réduit leur soutien humanitaire global en 2025, le Togo — et notamment l’association Vivre dans l’Espérance — se retrouve confronté à un défi sanitaire d’ampleur. Spécialisée dans l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH/sida, cette structure catholique est frappée de plein fouet par la décision de l’administration Trump de supprimer 92 % des financements de l’USAID, principal bailleur de la lutte contre la pandémie dans le pays.
Un vide financier aux conséquences dramatiques
« Cette décision nous a laissés sous le choc », confie le Dr Séma Mendouna, directeur adjoint de l’association. Dans la région des Savanes, Vivre dans l’Espérance prend en charge plus de 850 patients, dont de nombreux orphelins. Jusqu’en 2025, le programme Pepfar, financé par Washington, couvrait près d’un quart du budget national dédié à la lutte contre le VIH. Il permettait notamment le déploiement de médiateurs sanitaires dans les zones rurales et le suivi psychologique des malades.
Depuis l’arrêt brutal des financements en janvier 2025, ces services ont été suspendus. Des centaines de personnes se retrouvent sans accompagnement, dans une zone déjà fragilisée. « Les équipes ont été licenciées du jour au lendemain, sans aucune transition », déplore le Dr Mendouna. Pour lui, c’est « un retour en arrière inquiétant » dans la gestion d’une épidémie qui, jusque-là, semblait contenue.
Une crise sanitaire aggravée par l’insécurité
Au nord du Togo, la région des Savanes cumule les vulnérabilités : précarité, insécurité, stigmatisation et propagation du VIH. Frontalière du Burkina Faso, elle subit les effets collatéraux des violences djihadistes. « Les attaques répétées depuis 2018 déstabilisent les communautés, entravent l’accès aux soins et sapent les efforts de prévention », explique le médecin. La flambée des prix et l’effondrement des revenus renforcent la fragilité d’une population déjà en lutte contre les infections sexuellement transmissibles.
Quelles alternatives face au désengagement américain ?
Pour tenter de combler le vide, l’État togolais a promis une enveloppe d’urgence afin d’assurer la continuité des traitements antirétroviraux. « Mais cela ne suffira pas », prévient le Dr Mendouna. L’association s’est rapprochée de Caritas Togo et sollicite actuellement ses partenaires européens. « La solidarité internationale doit se réinventer », plaide-t-il, regrettant le manque de mécanismes pérennes pour affronter cette nouvelle réalité.
Au-delà de la santé, une alerte sociale
L’aide américaine ne se limitait pas au volet médical. L’USAID finançait aussi des programmes éducatifs et des initiatives de cohésion sociale, essentiels pour contrer l’influence croissante des groupes armés auprès des jeunes. « Sans ces projets, la tentation de rejoindre les djihadistes pour fuir la misère risque d’augmenter », alerte encore le Dr Mendouna. Une étude qu’il menait sur l’impact psychologique du terrorisme, également financée par l’agence américaine, a été interrompue sans ménagement.
Un signal d’alarme pour la communauté internationale
Vivre dans l’Espérance symbolise aujourd’hui les contradictions d’une aide humanitaire devenue incertaine. Cette crise révèle la dépendance critique de nombreux pays africains à des financements extérieurs, souvent subordonnés à des agendas géopolitiques changeants. Pour le Dr Mendouna, l’urgence est sans ambiguïté : « Si rien ne change, des vies seront perdues, non seulement à cause du VIH, mais aussi de la violence et du désespoir. »
La situation interroge la communauté internationale sur sa capacité à préserver les acquis sanitaires des dernières décennies, particulièrement dans des zones confrontées à des crises complexes et interconnectées.
La Rédaction

