Rien ne va plus entre les Émirats arabes unis et l’Algérie
Le ton est monté d’un cran ce vendredi soir, lorsqu’un éditorial musclé de la télévision nationale algérienne a accusé les Émirats arabes unis de mener une « dangereuse escalade médiatique » contre l’Algérie. Le média public a dénoncé une attaque directe contre l’unité nationale et l’identité du peuple algérien, allant jusqu’à parler de franchissement de toutes les lignes rouges par un « micro-État » qui chercherait à nuire à la stabilité du pays.
Le message est limpide : Alger en a assez des tentatives d’ingérence émiraties, notamment dans les dossiers régionaux du Maghreb et du Sahel. Si sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, les relations entre les deux pays avaient connu un âge d’or, ce temps semble révolu. Aujourd’hui, la rupture est quasiment consommée, tant sur le plan diplomatique que dans la perception populaire.
Du soutien régional à la fracture géopolitique
Le différend s’est cristallisé autour des conflits en Libye et au Soudan. Abou Dhabi soutient militairement le maréchal Haftar et le général Hamiti, deux figures contestées, tandis qu’Alger défend une ligne diplomatique fondée sur la stabilité et la non-ingérence, se rangeant aux côtés des gouvernements reconnus ou modérés.
Mais les tensions ne se limitent pas aux arènes étrangères. En décembre 2023, la radio publique algérienne accusait les Émirats d’avoir financé des campagnes hostiles à l’Algérie via le Maroc. En avril 2024, le président Tebboune dénonçait publiquement l’activisme régional d’Abou Dhabi, l’accusant de « semer le trouble » dans plusieurs zones sensibles d’Afrique.
Une reconnaissance mal digérée
L’Algérie ne digère toujours pas la reconnaissance d’Israël par les Émirats et l’ouverture d’un consulat émirati au Sahara occidental, perçue comme une trahison de la cause sahraouie. En outre, la décision d’imposer des visas aux ressortissants algériens alimente le ressentiment populaire. Une série d’actes unilatéraux qui, pour Alger, s’additionnent aux provocations.
Un passé de complicités devenu embarrassant
L’époque Bouteflika fut celle des faveurs. Les Émiratis obtenaient des contrats juteux dans les ports, l’immobilier, l’armement et l’industrie sans appel d’offres. Des exemples tels que la distribution du pistolet Caracal ou la déviation du projet Dunia Parc témoignent d’une connivence opaque, désormais dénoncée par l’administration actuelle. Aujourd’hui, ces choix sont considérés comme des concessions scandaleuses ayant affaibli la souveraineté économique du pays.
Le conflit a même atteint les tribunaux internationaux : Emirates International Investment Company a obtenu 280 millions de dollars en arbitrage contre l’Algérie, un camouflet judiciaire lourd de symboles.
Un avenir en pointillés
Malgré les tensions, une tentative de désescalade avait semblé possible après les félicitations de MBZ à Tebboune pour sa réélection. Mais les initiatives de réconciliation sont aussitôt torpillées par une campagne de presse virulente en Algérie, ciblant notamment l’ambassadeur émirati, déclaré « persona non grata » dans certaines publications.
Aujourd’hui, l’idylle algéro-émiratie semble lointaine. Ce qui fut un partenariat stratégique s’est transformé en bras de fer idéologique et géopolitique. Derrière cette brouille, c’est aussi une bataille d’influences qui se joue sur tout le continent africain.
La Rédaction

