À Bè Kpota, chaque saison des pluies a ses drames. Des salons transformés en mares, des cahiers d’école détrempés, des nuits entières à écoper. Ici, l’eau n’est pas un bienfait, elle est une menace rampante, sournoise, qui monte lentement dans les ruelles, avale les trottoirs et ronge les habitudes. Mais pour la première fois depuis longtemps, l’espoir ne vient pas du ciel, mais du sol.
Récemment, à Adidomé, dans la commune de Golfe 1, le gouvernement togolais a lancé un chantier discret, mais décisif : le projet RAINE, pour Réseau d’assainissement par intercepteurs pour la non-inondation de nos espaces. Porté par une coopération franco-togolaise, ce projet entend bâtir, sous terre, un système de protection qui changera le quotidien de milliers de Loméens.
Une réponse enfouie mais puissante à la détresse des quartiers vulnérables
RAINE, c’est un soulagement promis à des quartiers comme Tokoin-Aviation, Hédzranawoé, Bè Kpota et les abords de l’Assemblée nationale. Des zones densément peuplées, longtemps laissées à la merci des crues saisonnières, des débordements d’égouts et des urgences improvisées. Sur 1 600 hectares, ce sont désormais plus de 7 500 mètres de collecteurs primaires enterrés qui verront le jour.
Ces ouvrages souterrains, réalisés sans tranchée grâce à une technique éprouvée de micro-tunnelier, connecteront les bassins de rétention à la vallée du Zio. Une véritable autoroute souterraine pour les eaux pluviales, qui empêchera leur stagnation et leurs débordements. Et surtout, une œuvre invisible, qui ne perturbera ni les routes, ni les marchés, ni les écoles.
Une prouesse technologique qui n’interrompt pas la ville
L’outil est aussi novateur que stratégique : le micro-tunnelier. Conçu pour creuser sous la nappe phréatique, sans bruit, sans poussière, il travaille sans que la ville ne s’arrête. Cette approche, encore rare en Afrique de l’Ouest, est au cœur du projet RAINE. Elle permet de préserver les infrastructures existantes, de garantir la continuité des activités économiques, tout en menant des travaux de grande ampleur.
Quand la coopération devient transfert de savoir-faire
Ce projet est aussi le fruit d’un partenariat entre l’entreprise française BESSAC et les entreprises togolaises PFO Africa et MNS. Mais il ne s’agit pas seulement d’un chantier confié à des techniciens étrangers : le projet inclut un transfert actif de compétences, pour que demain, ce soit des ingénieurs et ouvriers togolais qui conçoivent, entretiennent et répliquent ces solutions.
Pour Mila Aziablé, ministre déléguée chargée de l’Eau et de l’Hydraulique villageoise, RAINE symbolise “l’audace du Togo face aux défis climatiques”. Une audace qui s’appuie sur l’innovation, mais aussi sur une vision politique claire : celle d’un pays qui ne veut plus subir, mais anticiper.
Une capitale qui choisit de ne plus plier sous les pluies
Avec ses 33 mois de travaux programmés, RAINE incarne une ambition bien plus vaste que l’assainissement : celle d’une capitale africaine résiliente. À l’heure où les changements climatiques accentuent les risques d’inondation, Lomé choisit de se protéger non pas après la catastrophe, mais avant qu’elle ne survienne.
Le projet donne aussi à voir une autre image du Togo : celle d’un État qui, sans bruit, creuse les fondations d’un avenir plus sûr, sans sacrifier le présent. Un État qui, dans les profondeurs de son sol, trace des lignes de résistance aux colères du ciel.
La Rédaction

