La décision de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), entrée récemment en vigueur, bouleverse l’équilibre financier déjà fragile du Niger. En mettant fin au traitement exceptionnel jusque-là accordé aux titres d’État nigériens, l’institution monétaire régionale expose Niamey à des difficultés accrues sur les marchés financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), mais aussi à une réaction en chaîne dans les banques de la sous-région.
Fin d’une dérogation aux lourdes conséquences
Depuis le coup d’État militaire de juillet 2023 et les sanctions de la CEDEAO, les banques nigériennes peinaient à écouler les titres de la dette publique, rendus illiquides sur les marchés financiers régionaux. Pour éviter l’asphyxie du système bancaire nigérien, la BCEAO avait accordé une dérogation temporaire permettant aux banques du Niger de continuer à présenter ces titres comme garanties pour obtenir des liquidités. Cette mesure exceptionnelle, appliquée dès janvier 2024, avait permis de maintenir un minimum de respiration financière dans un pays privé d’accès aux financements extérieurs classiques.
Mais le 3 avril 2025, la BCEAO a décidé de ne pas prolonger cette dérogation. Depuis le 15 avril, les titres de dette nigériens sont de nouveau traités comme ceux de tout autre pays de l’UEMOA, sans avantage particulier. En clair : leur liquidité est désormais soumise aux mêmes exigences de qualité et de risque que les autres emprunts souverains. Or, dans le contexte actuel, les titres du Niger sont largement boudés sur les marchés secondaires.
Une décision politique déguisée en mesure technique ?
Officiellement, la BCEAO invoque la nécessité de « régulariser les comptes » et de revenir à un traitement équitable entre les pays membres. En arrière-plan, cette décision semble aussi répondre à une logique de normalisation institutionnelle : après plus d’un an d’exception, le maintien de la dérogation aurait pu être perçu comme un soutien tacite à un régime militaire toujours sous sanctions.
Mais plusieurs voix s’élèvent pour critiquer le timing et les conséquences de cette mesure. Les banques nigériennes, déjà fragilisées, doivent désormais faire face à un resserrement brutal des conditions de refinancement. Dans un pays où l’État reste l’un des principaux acteurs économiques, cette situation pourrait accentuer la contraction de l’activité et la pression sur les dépôts bancaires.
Effet domino sur les autres banques de l’UEMOA
Au-delà du Niger, c’est l’ensemble du secteur bancaire régional qui pourrait être affecté. Certaines banques de la zone UEMOA avaient continué à détenir des titres nigériens dans leurs portefeuilles, par solidarité régionale ou pour des raisons historiques. La requalification de ces titres comme actifs à risque complique désormais leur valorisation et limite leur éligibilité au refinancement. Le retrait de la BCEAO expose donc certaines institutions à des pertes comptables ou à des tensions de liquidité.
Cette situation soulève aussi une question de fond : le rôle de la BCEAO dans des contextes politiques exceptionnels. Si la banque centrale a pour mission de garantir la stabilité financière, peut-elle se permettre d’agir sans tenir compte des réalités politiques et humanitaires sur le terrain ? La réponse reste ouverte, mais les conséquences de cette décision risquent de se faire sentir bien au-delà de Niamey.
La Rédaction

