Alors que le Soudan s’apprête à franchir le cap sinistre des deux ans de guerre civile, les Nations Unies tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Le pays est aujourd’hui le théâtre de la plus grave crise humanitaire au monde, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), qui a confirmé une réalité glaçante : la famine est officiellement déclarée. Une première depuis plus d’une décennie à l’échelle planétaire.
Une guerre fratricide, une population à genoux
Déclenché le 15 avril 2023, le conflit oppose les forces du général Abdel Fattah al-Burhane à celles de son ex-allié Mohamed Hamdan Daglo. En deux ans, la guerre a jeté 15 millions de Soudanais sur les routes, déchiré le tissu social, et détruit les maigres infrastructures du pays. Près de 30 millions de personnes, soit plus d’un Soudanais sur deux, dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire pour survivre.
Femmes et enfants sacrifiés
La guerre ne connaît aucune trêve pour les plus vulnérables. Femmes enceintes, mères allaitantes, enfants en bas âge : tous sont les premières victimes d’un conflit qui a transformé les routes de l’exode en chemins de croix. Au Darfour et au Kordofan, la faim ne guette plus, elle frappe. Dix zones sont déjà classées en famine, et dix-sept autres pourraient bientôt suivre. Cinq millions d’enfants et de femmes souffrent de malnutrition aiguë, dans l’indifférence quasi générale.
Une catastrophe évitable
Ce drame humain n’est pas le fruit d’une fatalité climatique ou d’une crise économique structurelle, mais bien d’une guerre entretenue et d’entraves volontaires à l’aide. Le PAM l’affirme : si l’aide pouvait circuler librement, des millions de vies pourraient être sauvées. Là où les équipes du PAM ont pu intervenir, la situation s’est stabilisée. Mais les efforts sont fragiles, constamment menacés par les combats, la bureaucratie et la saison des pluies à venir.
L’urgence du financement et d’un cessez-le-feu
Pour maintenir ses opérations dans les six prochains mois, le PAM réclame 650 millions de dollars. À cela s’ajoute une enveloppe de 150 millions pour les réfugiés soudanais dans les pays voisins. Faute de financements suffisants, les rations ont déjà été réduites, même dans les zones frappées par la famine.
Mais au-delà des chiffres et des plans d’urgence, une évidence s’impose : sans cessez-le-feu, l’aide restera limitée, et le calvaire du peuple soudanais se prolongera. « Il faut pouvoir traverser les lignes de front, les frontières, les zones disputées. Il faut, surtout, que la guerre cesse », martèle le coordinateur du PAM. Car en fin de compte, seule la paix permettra de reconstruire un pays qui meurt à petit feu.
La Rédaction

