En 1605, Miguel de Cervantes donnait naissance à Don Quichotte, ce chevalier errant perdu dans ses illusions, combattant des moulins à vent qu’il prenait pour des géants. Plus de quatre siècles plus tard, Donald Trump, désormais dans son second mandat, poursuit sa propre croisade contre des ennemis qu’il façonne à sa guise. Fraude électorale imaginaire, trahisons supposées des alliés, institutions gangrenées par un Deep State fantasmé : tout ce qui échappe à son contrôle devient un adversaire à abattre. Depuis son retour au pouvoir, il ne se contente plus de dénoncer : il démantèle, supprime et refond avec une brutalité inédite.
Une réalité réinventée : l’Amérique assiégée selon Trump
Don Quichotte voyait des géants là où il n’y avait que des moulins. Trump, lui, voit des complots là où il y a des règles. L’Europe, qu’il accuse d’arnaquer les États-Unis, est devenue une cible privilégiée de sa politique commerciale. Le 2 avril 2025, il officialise les droits de douane réciproques avec une phrase martiale : “Tout ce qu’ils font pour nous, nous le ferons pour eux.” Derrière cette déclaration, une guerre économique qu’il justifie comme un combat patriotique, malgré les risques de représailles. Mais la bataille ne se limite pas aux relations internationales : à l’intérieur, il a lancé une offensive brutale contre les institutions américaines elles-mêmes.
Un champ de bataille intérieur : démantèlement et purge
Dans sa croisade contre l’“État profond”, Trump s’attaque directement aux structures qui garantissent la stabilité du pays. En à peine quatre mois, il a engagé un démantèlement méthodique : la science est muselée avec une EPA vidée de sa substance, des agences climatiques privées de financements et une recherche scientifique mise au pas. L’éducation est remodelée pour effacer toute trace d’“idéologie progressiste” des programmes scolaires. La diplomatie est réorientée avec une USAID vidée de ses missions humanitaires, accusée de gaspiller l’argent des Américains pour des causes étrangères. Chaque décision vise à déconstruire les piliers de l’administration fédérale dans une logique de rupture totale.
Un Sancho Panza aux allures de bourreau : le DOGE, bras armé du démantèlement
Si Don Quichotte pouvait compter sur Sancho Panza pour le suivre dans ses illusions, Trump dispose d’un allié autrement plus redoutable : le Department of Government Execution (DOGE). Véritable bras armé de son mandat, cette structure agit comme un bourreau méthodique de l’administration. Loin d’un travail au scalpel, le DOGE opère à la hache et à la tronçonneuse. Réorganisations expéditives, renvoi de hauts fonctionnaires par centaines, fermetures d’agences entières : sous son impulsion, l’appareil d’État est saigné à blanc. Ce n’est plus seulement une lutte idéologique, c’est une entreprise de destruction massive.
Des ennemis imaginaires aux conséquences bien réelles
Comme Don Quichotte se lançant contre des moulins, Trump s’attaque à des menaces souvent exagérées ou fantasmées. Mais contrairement au héros de Cervantes, ses décisions ont des effets bien concrets : la diplomatie américaine est fragilisée par la mise à l’écart des alliances historiques, l’économie vacille sous les tensions commerciales et la politique protectionniste, l’État fédéral est affaibli par les purges administratives successives. Sa croisade pourrait bien laisser derrière elle un pays profondément transformé, mais pas nécessairement dans le sens qu’il imagine.
Trump, stratège ou destructeur ?
À force de se battre contre des ennemis qu’il invente, Trump est en train de redessiner les États-Unis à son image : un pays en guerre contre lui-même et isolé sur la scène mondiale. Son second mandat, loin d’être une simple continuité du premier, s’annonce comme une expérience politique radicale, menée avec une brutalité sans précédent. L’histoire retiendra-t-elle un visionnaire incompris ou un dirigeant ayant mené une nation dans une lutte absurde contre des chimères ? Pour l’instant, une seule chose est certaine : les moulins n’ont jamais été aussi nombreux sur le chemin de Donald Trump.
La Rédaction

