La polémique enfle. L’Algérie offrirait-elle ses hydrocarbures aux compagnies étrangères, et notamment à Total, sans réelle contrepartie ? L’affirmation, portée par certaines voix critiques du pouvoir, suscite de vives réactions, tant la manne pétrolière est cruciale pour l’économie du pays. Mais derrière ces accusations, la réalité s’avère plus complexe.
Un contrat sous le feu des critiques
Tout est parti d’un accord signé en juillet 2022 entre la compagnie nationale Sonatrach et plusieurs majors du secteur, dont Total, l’Italien Eni et l’Américain Occidental Petroleum. Cet engagement, d’une durée de 25 ans, permet à ces entreprises de récupérer une partie de la production pétrolière et gazière algérienne.
Pour certains, ce contrat s’apparente à un bradage des ressources nationales. L’homme d’affaires Rachid Nekkaz a ainsi dénoncé une cession « gratuite » des hydrocarbures algériens, évoquant une pression exercée par Total sur le gouvernement. Une déclaration qui trouve écho chez certains opposants au régime, déjà critiques envers la politique économique du pays.
Partage de production : une pratique courante
Mais les experts en énergie sont formels : parler de « gratuité » n’a aucun sens. Francis Perrin, chercheur à l’IRIS et spécialiste des hydrocarbures, rappelle que ces accords relèvent du « partage de production », un modèle bien connu dans l’industrie pétrolière.
Le principe est simple : les compagnies investissent massivement pour explorer, forer et exploiter des gisements. En échange, elles récupèrent une partie du pétrole et du gaz extrait, en fonction des coûts engagés et des risques pris. Une pratique indispensable, selon lui, pour attirer des capitaux dans un secteur où les investissements sont colossaux et les rendements incertains.
« Aucune entreprise ne mettrait des milliards de dollars sur la table sans garantie d’un retour sur investissement », explique-t-il. Et d’ajouter que de nombreux gisements se révèlent parfois non rentables, entraînant des pertes sèches pour les investisseurs.
Une loi algérienne controversée
Si l’accord signé en 2022 suscite autant d’émoi, c’est aussi en raison d’un changement législatif majeur. En 2019, l’Algérie a adopté une nouvelle loi sur les hydrocarbures, facilitant l’entrée des compagnies étrangères dans le secteur. L’objectif ? Réduire la charge financière pesant sur Sonatrach, confrontée à des défis économiques majeurs et à un marché pétrolier fluctuant.
Ce tournant a été perçu par certains comme une concession excessive aux investisseurs internationaux. Les manifestations qui avaient suivi l’adoption de cette loi témoignaient déjà des craintes d’une partie de la population, inquiète de voir les richesses du pays échapper au contrôle national.
L’Algérie a-t-elle le choix ?
Au-delà du débat politique, la question fondamentale reste celle des capacités de l’Algérie à exploiter seule ses ressources. Avec une industrie pétrolière nécessitant des technologies avancées et des investissements massifs, le pays a-t-il d’autres options que de s’associer à des groupes étrangers ?
Pour Francis Perrin, la réponse est claire : la concurrence est rude entre les pays exportateurs d’hydrocarbures, et pour rester attractif, l’Algérie doit proposer un cadre incitatif aux investisseurs. « Sans ces partenariats, de nombreux gisements resteraient inexploités, faute de moyens », estime-t-il.
Reste à savoir si ces accords bénéficient réellement à l’Algérie sur le long terme. Le débat est loin d’être clos, et la question des hydrocarbures restera, sans doute, un enjeu brûlant pour les années à venir.
La Rédaction

