Depuis plusieurs mois, l’Éthiopie cherche à s’ouvrir un passage vers la mer Rouge, une ambition géostratégique vitale pour ce pays enclavé. Mais face à elle, un bloc d’États riverains s’organise pour défendre leur souveraineté et empêcher tout bouleversement de l’équilibre régional.
Une quête maritime contrariée
Le gouvernement éthiopien, sous l’impulsion du Premier ministre Abiy Ahmed, considère l’accès à la mer comme un enjeu existentiel. Avec plus de 120 millions d’habitants et une économie en pleine expansion, Addis-Abeba veut réduire sa dépendance aux ports étrangers, notamment ceux de Djibouti, qui traitent plus de 90 % de son commerce extérieur.
L’une des options envisagées était un accord avec le Somaliland, une région autoproclamée indépendante de la Somalie. En échange d’une reconnaissance diplomatique, l’Éthiopie espérait sécuriser un accès portuaire sur la mer Rouge. Mais ce projet a immédiatement déclenché une levée de boucliers, notamment de la part de Mogadiscio, qui considère le Somaliland comme une partie intégrante de son territoire.
Une alliance contre l’Éthiopie
Face à cette initiative, plusieurs États riverains ont renforcé leur coopération pour contrer les ambitions éthiopiennes. L’Érythrée, qui partage une frontière avec l’Éthiopie et possède un long littoral sur la mer Rouge, refuse catégoriquement de céder le moindre accès maritime à son voisin. De son côté, l’Égypte, en froid avec Addis-Abeba sur la question du Grand Barrage de la Renaissance, voit d’un mauvais œil toute percée éthiopienne dans cette zone stratégique. Djibouti, qui profite économiquement de la dépendance logistique de l’Éthiopie, n’a aucun intérêt à voir son voisin s’affranchir de ses infrastructures portuaires.
Ainsi, une entente tacite s’est formée entre l’Égypte, l’Érythrée, le Soudan et Djibouti pour bloquer les ambitions maritimes d’Addis-Abeba. Les récentes visites diplomatiques, notamment celle du ministre érythréen des Affaires étrangères au Caire, témoignent de cette solidarité face à la pression éthiopienne.
Une diplomatie sous haute tension
Face à ce mur diplomatique, l’Éthiopie ne désarme pas. Son gouvernement intensifie les négociations et tente de rallier des soutiens. Mais le contexte est défavorable : la Corne de l’Afrique est une région en proie à des conflits, et tout changement territorial pourrait raviver des tensions latentes.
L’accès à la mer Rouge reste une priorité absolue pour l’Éthiopie, mais son isolement croissant complique ses perspectives. Entre ambitions économiques et réalités géopolitiques, Addis-Abeba est face à un dilemme : négocier un accès maritime en douceur ou risquer un affrontement diplomatique de grande ampleur.
La Rédaction

