La Maison-Blanche a officiellement relancé en février sa politique de « pression maximale » contre l’Iran, une approche déjà adoptée sous le premier mandat de Donald Trump. Cette stratégie, qui vise à asphyxier l’économie iranienne par des sanctions draconiennes, notamment sur les exportations de pétrole, repose historiquement sur une coordination avec les alliés occidentaux. Mais à l’heure où les tensions entre Washington et l’Europe atteignent un niveau inédit, la question se pose : cette politique peut-elle encore fonctionner sans l’appui de partenaires clés comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni ?
Une politique ressuscitée, mais fragilisée
En rétablissant la « pression maximale », Donald Trump entend freiner le programme nucléaire iranien et réduire l’influence de Téhéran au Moyen-Orient. Cette politique a déjà été renforcée par de nouvelles sanctions et une chasse aux réseaux clandestins iraniens aux États-Unis. Mais l’efficacité de cette offensive dépend en grande partie de l’adhésion de l’Europe, qui joue un rôle central dans l’application des sanctions et la surveillance des transactions internationales.
Or, ces dernières semaines, les relations entre Washington et ses alliés européens se sont considérablement détériorées. Des menaces répétées d’annexer le Canada, des échanges tendus sur l’Ukraine et des frictions économiques croissantes ont creusé un fossé entre les deux rives de l’Atlantique. Un climat qui complique la coopération nécessaire pour isoler efficacement l’Iran.
L’Iran inflexible face à Washington
Face à cette offensive américaine, l’ayatollah Ali Khamenei a réaffirmé le refus de Téhéran de négocier avec les États-Unis. Il a même accusé Washington de duplicité, affirmant n’avoir jamais reçu la lettre de Trump proposant un dialogue. Un discours qui s’inscrit dans la continuité de la position iranienne depuis la sortie unilatérale des États-Unis de l’accord sur le nucléaire (JCPOA) en 2018.
L’échec de la diplomatie sous la présidence de Joe Biden n’a fait qu’accentuer cette rigidité. Malgré des sanctions maintenues, leur application a été laxiste, permettant à l’Iran de relever ses exportations de pétrole à des niveaux proches d’avant 2018. De plus, la normalisation des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite sous l’égide de Pékin a renforcé la position de Téhéran dans la région.
L’Europe, un partenaire devenu incertain
L’administration Trump peut-elle espérer un soutien européen ? Certains experts estiment que l’Europe reste un levier essentiel pour faire pression sur l’Iran, notamment en réactivant certaines sanctions antérieures au JCPOA. Michael Singh, du Washington Institute for Near East Policy, souligne que l’Union européenne a toujours été un acteur-clé dans les négociations avec l’Iran et qu’un front commun serait plus efficace pour contraindre Téhéran.
Mais cette coopération semble compromise par les tensions transatlantiques actuelles. Rudy Giuliani, ancien conseiller de Trump, ne cache pas son scepticisme quant au rôle de l’Europe : « Je ne pense pas que l’Europe occidentale compte. Elle n’a plus d’importance depuis 30 ans. » Une vision partagée par certains faucons de l’administration, qui estiment que l’OTAN elle-même devrait être restructurée autour des États les plus engagés militairement.
D’autres, comme l’ancien sénateur Sam Brownback, adoptent un ton plus nuancé mais préviennent : l’Europe devra choisir entre ses différends avec Trump et la nécessité d’empêcher un Iran nucléaire. « Ce n’est pas maintenant ou jamais. C’est maintenant ou l’Iran nucléaire. »
Une stratégie efficace sans alliés ?
Sans soutien international, la « pression maximale » peut-elle produire des résultats ? L’expérience passée montre que les sanctions unilatérales des États-Unis, bien que puissantes, sont contournables, notamment grâce à la Chine et la Russie. Une analyse de l’Institut pour la science et la sécurité internationale indique que l’Iran pourrait atteindre le seuil de production d’une arme nucléaire en quelques jours si un tel projet était lancé.
Pour certains experts, le seul terrain d’entente qui subsiste entre Washington et l’Europe est la nécessité absolue d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Un point qui pourrait, malgré tout, maintenir un minimum de coordination.
Mais si les fractures transatlantiques s’aggravent, la stratégie américaine risque de perdre en efficacité, laissant à Téhéran plus de marge de manœuvre pour poursuivre son programme nucléaire.
La Rédaction

