La situation dans la région du Catatumbo, à la frontière avec le Venezuela, continue de s’envenimer. Plus de 100 morts et 36 000 déplacés sont déjà à déplorer après une semaine d’affrontements entre la guérilla de l’Armée de libération nationale (ELN) et un groupe dissident des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Face à cette escalade de violence, le gouvernement colombien a décidé d’intervenir.
Une offensive militaire pour reprendre le contrôle
Le vendredi 24 janvier, l’armée colombienne a lancé une vaste opération militaire contre l’ELN, accusée d’être à l’origine de cette flambée de violences. « L’ordre est de reprendre le territoire », a déclaré le ministre de la Défense, Iván Velásquez, depuis la ville de Cúcuta. Un premier affrontement a déjà eu lieu entre les forces armées et les guérilleros.
Cette décision marque une rupture nette avec la stratégie initiale du président Gustavo Petro, qui avait misé sur des négociations pour parvenir à un accord de paix. Cependant, face aux exactions commises contre la population civile, notamment les déplacements forcés, Petro a suspendu les discussions et réactivé les mandats d’arrêt contre une trentaine de chefs de l’ELN.
Une impasse dans le processus de paix
Les tensions entre le gouvernement et l’ELN ne datent pas d’hier. Les pourparlers, relancés en 2022, montraient déjà des signes d’essoufflement. « Cela fait plusieurs mois que les négociations ne progressaient plus », analyse Yann Basset, professeur de sciences politiques à l’université du Rosario. La seule avancée notable concernait un petit front dissident, les Communeros del Sur, basé dans la région du Nariño. Mais ce groupe s’est détaché de l’ELN, qui reste plus que jamais divisée et difficile à canaliser.
Une crise aux répercussions régionales
L’offensive militaire ne se limite pas au territoire colombien. Le ministre Velásquez a annoncé le déploiement de 9 000 soldats le long de la frontière et promis une récompense de 700 000 euros pour la capture des chefs de l’ELN. Certains d’entre eux pourraient encore se trouver au Venezuela, où ils négociaient il y a peu avec le gouvernement colombien.
Les relations entre Bogota et Caracas sont cependant sous haute tension. Le président Petro n’a pas officiellement reconnu la réélection contestée de Nicolás Maduro, ce qui complique toute coopération en matière de sécurité. La Colombie accuse le Venezuela d’abriter et de soutenir l’ELN, tandis que Caracas reproche à Bogota de fermer les yeux sur les agissements du Tren de Aragua, un gang criminel vénézuélien qui s’est implanté dans toute l’Amérique latine.
Le Catatumbo, une région sous haute tension
Cette zone frontalière est stratégique pour les groupes armés, car elle constitue un axe clé du trafic de cocaïne. L’ELN cherche à y imposer son autorité, notamment en affrontant les dissidents des FARC qui refusent l’accord de paix de 2016.
Mais au-delà des luttes de pouvoir, c’est une tragédie humanitaire qui se joue. Des milliers de civils, dont des enfants et des personnes âgées, ont fui les combats pour se réfugier dans des camps de fortune. Ce nouvel épisode de violence met à mal les espoirs de pacification et plonge la Colombie dans l’une des pires crises sécuritaires de ces dernières années.
La Rédaction

