La nomination de Shadi al-Waisi, ancien juge lié à des exécutions publiques, suscite de vives critiques et interroge sur les promesses de modération du nouveau régime syrien.
La Syrie entre dans une nouvelle ère après la chute du régime de Bachar al-Assad, mais des ombres du passé resurgissent, ternissant les espoirs d’un renouveau politique. Parmi les récentes controverses, la nomination de Shadi al-Waisi comme ministre de la Justice fait polémique en raison de son rôle dans des exécutions publiques sous Jabhat al-Nusra, un groupe affilié à Al-Qaïda.
Un passé difficile à oublier
En 2015, deux vidéos montrant des exécutions publiques avaient choqué la population syrienne et internationale. Dans la première, une femme vêtue de noir, agenouillée dans une rue, implorait de voir ses enfants avant d’être abattue d’une balle dans la tête. Dans la seconde, une autre femme, accusée de corruption et de prostitution, est exécutée après que Shadi al-Waisi, alors juge pour Jabhat al-Nusra dans la province d’Idlib, a prononcé sa sentence.
Ces vidéos, largement diffusées à l’époque, ont refait surface sur les réseaux sociaux après l’annonce de sa nomination au sein du nouveau gouvernement de transition. Une enquête menée par Verify Sy, une plateforme d’information syrienne, a confirmé que l’homme dans les vidéos est bien al-Waisi, renforçant les critiques sur son accession à ce poste-clé.
Des choix qui divisent
La nomination d’al-Waisi intervient alors que le nouveau dirigeant syrien, Ahmad al-Sharaa, s’efforce de convaincre la communauté internationale et la population syrienne que son gouvernement marque une rupture avec les excès du passé. Connu sous son nom de guerre Abu Mohammad al-Jolani, Sharaa a dirigé l’avancée rebelle qui a renversé Assad le mois dernier. Il promet un gouvernement inclusif, représentant toutes les composantes ethniques et religieuses de la Syrie, tout en demandant la levée des sanctions internationales.
Cependant, la présence de figures controversées comme al-Waisi dans le cabinet affaiblit cette volonté de rupture. Pour Hind Kabawat, une membre influente de la communauté chrétienne orthodoxe et experte en résolution de conflits, cette nomination est une erreur. “Il est essentiel que le gouvernement donne un signal clair : tolérance zéro pour la corruption et la violence,” a-t-elle déclaré à NBC News.
Des voix critiques au sein de la population
Dans les rues de Damas, les réactions sont mitigées. Sandy Aly, une jeune serveuse de 27 ans, s’est dite sceptique quant à la capacité d’un homme comme al-Waisi à changer ses comportements : “Une personne qui agit ainsi ne changera jamais. Même après 100 ans, elle sera la même.”
Ces critiques reflètent les inquiétudes d’une partie de la population face à un gouvernement censé incarner le changement, mais dont certains membres sont encore marqués par un passé violent.
Une transition sous haute surveillance
La transition politique en Syrie, pilotée par des anciens leaders de groupes rebelles comme Hayat Tahrir al-Sham (HTS), est scrutée de près par la communauté internationale. Si Ahmad al-Sharaa souhaite rompre avec les liens passés à des organisations terroristes comme Al-Qaïda, les choix controversés de son gouvernement pourraient compromettre ses ambitions.
En dépit des promesses de réforme et d’inclusivité, des épisodes comme celui d’al-Waisi rappellent que la route vers une Syrie apaisée et démocratique sera longue et semée d’embûches. Les voix appelant à une transparence et à une justice véritable résonnent plus que jamais, alors que le pays tente de tourner la page d’une décennie de guerre et de division.
La Rédaction

