Perchée à 5 300 mètres d’altitude dans les Andes péruviennes, La Rinconada est une anomalie à la fois physiologique et scientifique. Cette ville minière, la plus haute du monde, défie les notions établies de la survie humaine en haute altitude. Malgré un environnement extrême où l’oxygène se fait rare et où le froid mordant est omniprésent, plus de 50 000 habitants y vivent et travaillent, attirés par les promesses de l’or.
Une vie à la limite du possible
Jusqu’à l’essor de La Rinconada, les scientifiques pensaient qu’il était impossible de résider de manière permanente au-delà de 5 000 mètres. Pourtant, les chercheurs de l’Expédition 5300, dirigée par Samuel Vergès, directeur de recherche à l’Inserm, ont découvert une adaptation biologique spectaculaire chez ses habitants. Ces derniers, majoritairement issus de l’Altiplano andin, ont vu leur organisme évoluer sur des millénaires pour faire face à l’hypoxie.
Avec des taux de globules rouges atteignant jusqu’à 80 % (contre 40 % en moyenne chez l’homme), leur sang est devenu si visqueux qu’il résiste même aux prélèvements. Cependant, cette adaptation extrême n’est pas sans conséquences : les cœurs des habitants travaillent en sur-régime, et les risques de maladies cardiovasculaires explosent.
Les ombres de l’adaptation
Un quart des résidents souffrent du mal chronique des montagnes, une pathologie aux effets graves : migraines, acouphènes, troubles circulatoires et, dans les cas avancés, insuffisance cardiaque ou AVC. Les raisons pour lesquelles certains tolèrent mieux ces conditions extrêmes restent inconnues. Des études génétiques et épigénétiques sont en cours pour éclaircir ces mécanismes.
D’autres pistes de recherche s’intéressent au vieillissement accéléré des organismes et aux impacts sur les grossesses et la croissance des enfants. La prochaine mission, prévue à l’automne 2024, étudiera également les capacités physiques des mineurs, dont les corps doivent fournir des efforts intenses malgré un métabolisme déjà surchargé.
Un laboratoire scientifique et humanitaire
Les découvertes à La Rinconada ne se limitent pas à cette région reculée. Elles pourraient révolutionner la compréhension de maladies comme l’hypertension ou les insuffisances respiratoires, et même contribuer à la préparation des missions spatiales. Comprendre comment ces populations tolèrent le manque d’oxygène pourrait, par exemple, aider à définir des seuils vitaux pour les astronautes.
Au-delà des avancées médicales, le programme Expedition 5300 a une mission humanitaire. La Rinconada, dépourvue d’eau courante, d’égouts et de soins médicaux, est en proie à des conditions de vie précaires. Les scientifiques, en collaboration avec des médecins bénévoles, expérimentent des traitements pour le mal chronique des montagnes et espèrent établir un centre de recherche et de soins permanent.
La quête de résilience
La Rinconada, fruit de la ruée vers l’or, est bien plus qu’un défi physiologique : c’est le témoignage de la capacité humaine à repousser les limites de la survie. Mais cette résilience a un prix, et les travaux en cours pourraient non seulement améliorer les conditions de vie des habitants, mais aussi ouvrir des perspectives inédites pour la médecine et l’exploration humaine.
La Rédaction

