Le nouveau commissaire européen à la Défense, l’ex-Premier ministre lituanien, a insisté sur la nécessité d’un virage radical pour répondre à la menace croissante de la Russie. Dans un entretien à l’AFP, il a déclaré qu’il était impératif de passer d’une approche progressive à une stratégie ambitieuse et rapide, qualifiée de « big bang », pour renforcer les capacités de défense européennes.
La Russie, selon lui, pourrait être prête à lancer une offensive militaire contre un pays membre de l’UE ou de l’OTAN d’ici 2030. Ce constat s’appuie sur plusieurs rapports des services de renseignement, et met en lumière la question cruciale de la volonté politique en Europe pour faire face à cette menace.
Concernant l’impact du retour de Donald Trump à la Maison Blanche, le commissaire a souligné que la priorité ne devait pas être la pression exercée par Trump, mais bien la nécessité de se préparer face à Poutine. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les pays européens ont intensifié leurs efforts pour renforcer leur industrie de défense. Cependant, les capacités actuelles restent insuffisantes pour répondre aux besoins.
L’OTAN a estimé qu’il serait nécessaire de renforcer les armées européennes d’ici 2044 avec, entre autres, 49 brigades supplémentaires, 1 500 tanks et 1 000 pièces d’artillerie. Mais selon Kubilius, ces objectifs doivent être atteints avant 2030, car il est illusoire d’attendre que la Russie reporte ses projets à 2044. Le commissaire, dont la fonction est nouvelle, se concentre sur le développement de l’industrie européenne de défense, et insiste sur l’importance d’une stratégie claire et de commandes de grande envergure pour stimuler l’offre industrielle.
Avec des investissements estimés à 500 milliards d’euros sur dix ans, il estime que les pays européens devront s’unir pour passer de simples commandes à des contrats de grande envergure. Par exemple, une commande groupée de tanks entraînerait des économies substantielles. Le défi est de taille, mais il existe des solutions pour réussir cette transition.
Si les 23 pays européens membres de l’OTAN se sont engagés à consacrer 2 % de leur PIB à la défense, Kubilius évoque la possibilité d’augmenter ce seuil. Un pourcentage supplémentaire de dépenses militaires dans l’UE pourrait ainsi permettre un investissement massif, mais il reste à déterminer les sources de financement. Bien que l’idée d’un emprunt européen soit envisagée, elle est controversée, et plusieurs pays, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, s’y opposent.
Enfin, Kubilius a souligné l’écart criant entre les efforts européens pour soutenir militairement l’Ukraine, représentant moins de 0,1 % du PIB de l’UE, et les dépenses militaires russes, qui absorbent près de 9 % de leur PIB. Il est donc impératif de rectifier cette situation pour éviter de répéter les erreurs du passé.
La Rédaction

