Les autorités tunisiennes ont récemment arrêté Abdallah Said, un défenseur des droits humains, en raison de son travail en faveur des migrants. Said, d’origine tchadienne et actif dans la région de Médenine, au sud-est du pays, est accusé d’avoir reçu des fonds étrangers pour aider des migrants subsahariens à pénétrer illégalement sur le territoire tunisien. Son arrestation a eu lieu le 12 novembre, et il a été interrogé aux côtés du secrétaire général et du trésorier de son organisation, Enfants de la Lune. Deux responsables bancaires chargés des comptes de l’organisation ont également été arrêtés, selon Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum Tunisien pour les Droits Sociaux et Économiques.
Cette arrestation intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la question migratoire en Tunisie. Le président Kais Saied, connu pour ses discours anti-migrants, a régulièrement fait la promotion de théories racistes, dont celle du « Grand Remplacement », qui affirme qu’il existe un complot visant à remplacer les populations à peau claire par des personnes de peau noire via l’immigration. Une idéologie qui trouve écho non seulement auprès des extrémistes de droite en Tunisie, mais aussi chez les théoriciens du complot et les politiciens conservateurs en Occident.
En tant que pays de transit pour les migrants traversant la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure, la Tunisie est de plus en plus impliquée dans le contrôle de l’immigration pour le compte de l’Europe. Le gouvernement tunisien a d’ailleurs reçu plus de 112 millions de dollars de l’Union Européenne pour lutter contre la « migration irrégulière ». Cette collaboration s’inscrit dans un contexte où des rapports ont fait état de violences graves à l’encontre des migrants, qui sont fréquemment battus, violés ou tués lors de leurs interceptions par les autorités des États du Nord de l’Afrique.
Les actions de répression violente en mer ou dans le désert, ainsi que les expulsions collectives sans évaluation individuelle ou respect des procédures légales, sont devenues monnaie courante. Ces pratiques ont poussé de nombreux travailleurs humanitaires à agir en solidarité avec les migrants. Cependant, avec l’arrestation de Said, les autorités tunisiennes semblent intensifier leur répression, assimilant désormais l’aide humanitaire aux migrants à des actes de terrorisme.
La Rédaction

