Avec une régulation adaptée et des efforts collectifs pour stimuler le commerce de produits à base de chanvre industriel, l’Afrique pourrait exploiter une filière prometteuse. En dépit de son potentiel, la culture de cette plante reste interdite dans de nombreux pays du continent, souvent à cause de sa confusion avec le cannabis.
Un trésor écologique et économique sous-exploité
Le chanvre industriel est l’une des cultures les plus polyvalentes et durables au monde. Il sert à produire une gamme variée de produits : biocarburants, textiles, matériaux de construction écologiques, et bien d’autres. Cette plante a aussi des vertus écologiques remarquables, favorisant une agriculture durable grâce à l’amélioration des sols et à sa capacité à absorber le dioxyde de carbone.
Malgré ces atouts, son exploitation en Afrique demeure limitée. Une étude de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) met en lumière le potentiel inexploité de cette culture dans les pays en développement. Entre 2019 et 2022, les exportations mondiales de produits issus du chanvre industriel, largement dominées par l’Asie et l’Amérique du Sud, ont atteint environ 213 millions de dollars, bien au-delà des 46 millions officiellement enregistrés. Cette sous-évaluation, due à des lacunes dans les classifications douanières, freine les stratégies économiques des pays émergents.
Préjugés juridiques : un frein majeur
L’un des principaux obstacles au développement de cette filière en Afrique est d’ordre réglementaire. Le chanvre industriel, bien qu’il ne contienne pas de substances psychotropes, est souvent confondu avec le cannabis à usage récréatif. Cette confusion engendre une interdiction de culture dans de nombreux pays africains. Pour lever cette barrière, il est crucial d’adopter des cadres légaux distincts, clarifiant la différence entre les variétés riches et pauvres en THC.
« Les malentendus historiques doivent être dissipés. Le chanvre industriel est une ressource sans équivalent pour une croissance durable », insistent les experts de la CNUCED.
Des pays pionniers montrent la voie
Certains États africains amorcent des réformes. L’Afrique du Sud est déjà un acteur majeur dans l’exportation de graines de chanvre. Le Lesotho et le Zimbabwe ont également légalisé cette culture. Cependant, les volumes produits restent faibles par rapport aux principaux exportateurs mondiaux tels que le Canada, la Chine ou la France.
D’autres nations africaines envisagent des changements législatifs, conscientes des opportunités économiques et environnementales qu’offre cette plante. En effet, le chanvre industriel peut s’adapter à des conditions climatiques difficiles, nécessitant peu d’eau et d’intrants chimiques.
Construire une filière complète
Pour transformer cette opportunité en succès, une approche holistique s’impose. Cela inclut la création de chaînes de valeur, de la production à la transformation, ainsi que des infrastructures et des transferts de technologies. Les investisseurs, publics et privés, auront un rôle déterminant à jouer.
Le chanvre industriel représente une chance unique pour l’Afrique de s’inscrire dans une dynamique de croissance verte et de diversification économique. Mais pour ne pas se laisser devancer, le continent devra agir rapidement et lever les préjugés qui freinent son développement. Cette plante millénaire pourrait bien devenir un pilier du futur agricole et industriel africain.
La Rédaction

