Le mouvement 4B, né en Corée du Sud, connaît une nouvelle résonance sur les réseaux sociaux américains. Porté par quatre principes radicaux – refus des relations sexuelles, des enfants, du mariage hétérosexuel et des relations amoureuses avec des hommes –, il séduit certaines jeunes femmes dans un contexte marqué par les attaques contre le droit à l’avortement aux États-Unis.
Aux États-Unis, des vidéos montrant des jeunes femmes se rasant la tête pour symboliser leur adhésion au 4B se multiplient. Ce mouvement, initialement une réponse à la domination patriarcale en Corée du Sud, trouve un écho particulier depuis l’élection de Donald Trump et la crainte d’un recul généralisé des droits reproductifs.
Une origine marquée par les inégalités et les violences
En Corée du Sud, le 4B est une réponse aux fortes inégalités de genre. Le pays détient le plus grand écart salarial entre hommes et femmes parmi les pays de l’OCDE, et les violences sexistes y sont omniprésentes. Des affaires comme le scandale “Nth Room” – un réseau criminel exploitant des images sexuelles diffusées sur Telegram – ou des vidéos truquées visant des femmes accomplies ont révélé l’ampleur de la misogynie.
Cette dynamique s’inscrit dans un climat d’antiféminisme virulent, particulièrement chez les jeunes hommes. Des figures politiques, comme le président Yoon Suk-yeol, n’ont pas hésité à instrumentaliser cette hostilité pour attirer des soutiens électoraux. Une étude de 2019 indiquait que 60 % des Sud-Coréens âgés de 18 à 35 ans se disaient opposés au féminisme.
Des symboles controversés
Les cheveux courts, considérés comme un marqueur du féminisme, ont déclenché des attaques verbales et physiques. On Ji-goo, une jeune femme agressée pour ce motif, a vu son combat judiciaire marquer un tournant. Parallèlement, l’archère An San, triple médaillée d’or aux Jeux olympiques de Tokyo, a subi un harcèlement en ligne similaire pour sa coupe de cheveux.
Malgré ces tensions, les militantes du 4B revendiquent un mode de vie alternatif, souvent marginalisé. Leurs choix, bien qu’ultraminoritaires en Corée du Sud, traduisent un rejet profond des normes patriarcales, ancrées dans une société où les attentes en matière de féminité restent rigides.
Une tendance en mutation
En Occident, l’attrait pour le 4B reflète des inquiétudes plus larges sur l’avenir des droits des femmes. Si la cause féministe sud-coréenne reste une niche, ses revendications interrogent sur les moyens de répondre à des violences systémiques et des inégalités persistantes, bien au-delà de ses frontières d’origine.
La Rédaction

