En Guinée, à Dalaba, se dresse une maison à l’histoire poignante, mais tristement délaissée : celle de Miriam Makeba, icône intemporelle de la musique africaine et symbole de lutte contre l’oppression. Durant son exil de 1969 à 1985, cette demeure fut un sanctuaire de partage et d’espoir, un lieu où se mêlaient les voix de la résistance et les aspirations d’un continent tout entier. Aujourd’hui, ce patrimoine inestimable se meurt dans un silence indigne, témoin muet de l’oubli et de l’indifférence.


C’est une honte, un outrage à la mémoire de “Mama Africa” que de laisser sa maison tomber en ruines. Celle qui, par des œuvres mondialement connues comme Pata Pata, a porté la voix de l’Afrique aux quatre coins du monde, mérite bien plus que l’abandon de cette résidence qui fut le centre de tant de rencontres marquantes. Des figures de l’envergure de Sékou Touré et Kwame Nkrumah ont franchi ses portes, aux côtés des plus humbles, tous attirés par la lumière de Makeba. Et pourtant, la voici aujourd’hui, vestige négligé, trahissant l’oubli collectif d’un héritage d’une richesse exceptionnelle.
Lors de sa visite, Zenzi Makeba Lee, la petite-fille de l’artiste, n’a pu cacher sa profonde émotion face à cet abandon. Elle a rappelé que l’héritage de sa grand-mère transcende les frontières et les générations, mais combien de temps encore ce cri sera-t-il ignoré ? L’annonce par le ministre de la Culture, Moussa Moise Sylla, de la rénovation prévue pour 2025 arrive tard, bien trop tard pour justifier les années de délabrement et d’indifférence.
Pourtant, cette maison n’était pas seulement une demeure ; elle était un pilier de l’esprit africain, un témoin des années de courage et de solidarité. Miriam Makeba y trouvait refuge après ses tournées, y puisait la force de ses luttes, entourée d’objets qui rappelaient son engagement, dont le portrait de Stokely Carmichael, leader des Black Panthers et son époux.
Aujourd’hui, les habitants de Dalaba se souviennent encore de la chaleur et de la sagesse de Makeba, mais ces souvenirs suffiront-ils à ranimer l’indignation nécessaire pour sauver ce symbole ? Combien de patrimoines africains devons-nous encore voir sombrer avant que la prise de conscience soit réelle ? L’heure n’est plus aux promesses, mais à l’action. Restaurer cette maison, c’est rendre à l’Afrique une part de son âme et redonner un sens au mot mémoire. Que cette infamie prenne fin, et que la maison de Miriam Makeba ressuscite, à la hauteur de son nom et de son héritage.
La Rédaction

