Nombreux sont les pays africains dont la monnaie n’est pas fabriquée localement. Du franc CFA au shilling ougandais, en passant par le dollar libérien, environ 43 pays du continent sous-traitent l’impression de leur monnaie à l’étranger. Quelles sont les raisons de cette dépendance et quels en sont les risques?
Une pratique héritée de l’histoire coloniale
Des petites nations comme la Gambie et Maurice aux grandes économies africaines comme l’Éthiopie et la Tanzanie, la majorité des États africains continuent d’imprimer leur monnaie hors de leurs frontières, souvent en Europe et en Amérique du Nord. Cette situation s’explique en partie par l’histoire coloniale : les anciennes puissances continuent de jouer un rôle important dans les infrastructures monétaires de leurs anciennes colonies. Par exemple, le franc CFA, monnaie commune de 14 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, est toujours imprimé en France.
Les limitations technologiques et financières
La production de billets de banque exige une expertise technologique avancée, ainsi que des équipements coûteux et des matériaux sécurisés. Pour les pays africains, l’acquisition de ces installations représente un investissement difficilement rentable, surtout pour les plus petits d’entre eux. En externalisant cette tâche, ils économisent sur les coûts de production, tout en bénéficiant de techniques de sécurité sophistiquées pour lutter contre la contrefaçon.
Un dilemme de souveraineté et de sécurité
La dépendance vis-à-vis des imprimeries étrangères suscite des inquiétudes. Les risques vont de la perte d’autonomie monétaire à des problématiques de sécurité nationale. Imprimer sa monnaie à l’étranger expose les pays africains à des menaces de pénurie en cas de problèmes logistiques ou de tensions diplomatiques avec les pays fournisseurs. En 2011, le Royaume-Uni a ainsi bloqué la livraison de dinars libyens, privant le pays de liquidités essentielles.
Un risque d’instabilité économique
Les imprimeries étrangères détiennent également des informations sensibles sur la fabrication des billets. Cette connaissance pourrait faciliter la production de contrefaçons par des entités malveillantes. De plus, si une imprimerie étrangère produisait plus de billets que nécessaire, cela pourrait introduire une masse monétaire excessive et créer de l’inflation dans le pays émetteur.
Vers une industrie monétaire africaine?
Pour certains experts, l’Afrique pourrait réduire sa dépendance en développant ses propres imprimeries, à l’image de l’Afrique du Sud, de l’Égypte ou du Nigeria, qui impriment déjà leur monnaie localement. Cette approche renforcerait non seulement la souveraineté, mais limiterait aussi les risques d’ingérence extérieure.
L’impression des monnaies africaines à l’étranger reste un sujet sensible et complexe. Bien que cette pratique permette aux pays de profiter d’une expertise avancée, elle comporte des risques non négligeables. La solution pourrait résider dans un investissement progressif dans des infrastructures locales, permettant ainsi à l’Afrique de maîtriser pleinement son indépendance monétaire.
La Rédaction

