En cette année 2024, le Togo se trouve à une croisée des chemins. La récente adoption d’une nouvelle Constitution et les élections législatives et régionales ont ravivé les tensions entre pouvoir et opposition. Pourtant, la transition vers la cinquième république nécessite que tous les Togolais fassent l’effort de construire ensemble les bases du nouveau cadre politique. La solution réside, selon moi, dans « l’œcuménisme politique », une approche que j’ai développée dans mon ouvrage : « Togo, démocratie impossible ? » paru en 2014.
L’œcuménisme politique, concept inspiré des dialogues interconfessionnels, vise à rassembler toutes les forces politiques, indépendamment de leurs affiliations idéologiques, pour travailler ensemble vers un objectif commun : le bien-être et le développement du pays. Dans notre contexte togolais, marqué par les divisions politiques, cette approche apparaît comme une solution salutaire.
C’est dans un esprit similaire que les Églises protestantes du Togo ont mis sur pied le PAOET (Programme d’Accompagnement Œcuménique) visant à apaiser les tensions et à promouvoir une coopération constructive entre les diverses forces politiques du pays. De même, les appels des évêques catholiques à ne pas promulguer de nouvelles lois sans consensus national montrent la profondeur des fractures et la nécessité urgente de solutions communes.
Même si les élections législatives et régionales d’avril 2024 ont vu la victoire écrasante du parti UNIR, elles n’ont pas mis fin aux contestations. La nouvelle Constitution, qui introduit un régime parlementaire, est critiquée par une partie de la classe politique et de la société civile qui y voit une manœuvre pour centraliser davantage le pouvoir. Cette situation complexe est exacerbée par des sanctions contre certains médias ou journalistes. De surcroît, le pays fait face à des menaces terroristes croissantes, avec des incursions djihadistes dans les régions nord du Togo, mettant en péril la sécurité nationale et exacerbant encore plus les tensions existantes.
Ce sont autant de sujets de crispation qui créent, en cette période de transition, une atmosphère de tension et d’antagonisme.
Face à cette situation, l’œcuménisme politique pourrait apporter un souffle nouveau. En favorisant la collaboration entre toutes les forces politiques, cette approche offre plusieurs avantages. Tout d’abord, la cohésion nationale. En travaillant ensemble, les différentes familles politiques peuvent renforcer la cohésion sociale et nationale. Des exemples de succès incluent des collaborations similaires dans d’autres régions d’Afrique où des alliances multipartites ont permis de stabiliser les gouvernements après des périodes de conflit, comme au Burundi et au Rwanda. En Côte d’Ivoire, la réconciliation nationale après la crise post-électorale de 2010-2011 a été facilitée par l’engagement des forces politiques à dialoguer et à travailler ensemble pour la reconstruction du pays.
Ensuite, le pragmatisme. Plutôt que de s’enliser dans des conflits, cette approche permet de se concentrer sur des solutions pragmatiques et bénéfiques pour tous. La réussite de la centrale photovoltaïque de Blitta, inaugurée en 2021, en est un témoignage concret. Ce projet, financé par la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et le fonds d’Abu Dhabi Fund pour le Développement (ADFD), a été réalisé grâce à la coopération de divers acteurs politiques et économiques.
Enfin, la confiance des citoyens. La collaboration des leaders politiques pour le bien commun peut redonner confiance aux citoyens dans les institutions démocratiques. Cette confiance est essentielle pour stabiliser et renforcer les structures politiques du pays.
Certaines initiatives montrent déjà les bénéfices de la collaboration. Par exemple, le partenariat stratégique global annoncé récemment entre le Togo et la Chine ouvre des perspectives de développement économique et technologique. De plus, le Groupe de la Banque mondiale a établi un nouveau cadre de partenariat avec le Togo pour la période 2025-2029, ce qui témoigne de la confiance internationale dans les capacités du pays à se réformer.
Toutefois, l’adoption de l’œcuménisme politique présentent plusieurs défis. Les principales difficultés incluent les résistances internes. Les partis politiques et leurs leaders peuvent être réticents à abandonner leurs antagonismes historiques. De plus, la méfiance mutuelle. La méfiance entre les différentes familles politiques doit être surmontée pour que la collaboration soit effective. Enfin, la gestion des attentes. Il est crucial de gérer les attentes des citoyens afin d’éviter des déceptions qui pourraient miner la confiance renouvelée. Ces attentes sont politiques, économiques et sociales ; les réponses sont diverses, certaines doivent être immédiates et d’autres déclinées à moyen et long termes. Il revient principalement au Gouvernement de multiplier des gestes forts qui soulagent les populations, apaisent les acteurs politiques et donnent ainsi les preuves de sa bonne foi quant à la restauration rapide de la concorde nationale.
En conclusion, le Togo se trouve à un carrefour où l’œcuménisme politique n’est pas seulement une option, mais une nécessité. Les défis actuels exigent des solutions inclusives et coopératives. Les leaders togolais, en s’engageant dans un dialogue œcuménique, peuvent tracer la voie vers une nation plus unie, stable et prospère. L’histoire nous fournit des exemples inspirants où l’œcuménisme politique a porté ses fruits. En Afrique du Sud, la transition pacifique de l’apartheid à la démocratie a été en grande partie possible grâce à l’œcuménisme politique incarné par des leaders comme Nelson Mandela et F.W. de Klerk, qui ont travaillé ensemble malgré leurs différences pour le bien commun.
Il est temps de mettre de côté les différences et de travailler ensemble pour le bien-être de tous les Togolais.

