Mer d’Arabie – Une vaste pollution pétrolière gagne désormais les côtes d’Oman. Échoué depuis fin juin près de l’archipel protégé des Hallaniyat, le pétrolier Caroline Bezengi, chargé d’environ 800 000 barils de brut russe, laisse échapper du pétrole qui a atteint les plages de Ras Madrakah. Alors que les opérations de sauvetage s’intensifient, les autorités redoutent des dommages durables dans l’un des écosystèmes marins les plus précieux de la région.
Un pétrolier de la « flotte fantôme » russe
Le Caroline Bezengi avait quitté le port russe de Novorossiysk, sur la mer Noire, à destination de l’Inde. Le navire, âgé de 25 ans et visé par des sanctions internationales, est associé à la « flotte fantôme » utilisée pour transporter du pétrole russe en contournant les restrictions occidentales.
Après avoir signalé des difficultés début juin à la suite d’une explosion dont l’origine reste indéterminée, le pétrolier s’est finalement échoué le 30 juin près d’Al-Qibliyah, dans l’archipel des Hallaniyat. Aucun responsable de l’incident n’a été identifié.
La pollution atteint désormais les plages
Longtemps concentrée en mer, la nappe a fini par toucher le continent. L’Autorité omanaise de l’environnement a signalé du pétrole sur les plages de Ras Madrakah, où près de 40 kilomètres de littoral sont menacés. La pollution pourrait également atteindre le sud de l’île de Masirah.
Les images satellitaires montrent une situation préoccupante. Selon une analyse citée par Reuters, les différentes nappes auraient récemment couvert plus de 2 000 km², sous l’effet des vents et des courants de mousson. Ces conditions compliquent également les opérations de récupération du pétrole.
Un refuge exceptionnel pour la faune marine
L’inquiétude tient surtout à la richesse écologique des Hallaniyat. La réserve marine abrite des récifs coralliens, des tortues marines, des cormorans de Socotra et la très rare baleine à bosse de la mer d’Arabie, considérée comme l’une des populations de baleines à bosse les plus menacées au monde.
Les autorités surveillent également les conséquences possibles sur les ressources halieutiques et ont demandé aux pêcheurs d’éviter les secteurs contaminés et de signaler toute modification inhabituelle de l’eau ou de la faune marine.
Une course contre la montre autour du navire
La société britannique Ambrey coordonne désormais une opération internationale mobilisant navires spécialisés, moyens aériens, experts et environ 100 tonnes d’équipements. La priorité consiste à contenir la pollution mais aussi à stabiliser le Caroline Bezengi avant une éventuelle rupture de sa coque.
Le scénario le plus grave serait considérable : des spécialistes estiment que 40 à 50 millions de gallons de brut pourraient encore être libérés si le pétrolier se disloquait. C’est dans cette hypothèse extrême que des comparaisons avec la catastrophe de l’Exxon Valdez de 1989 ont été avancées. La marée noire omanaise n’a donc pas encore atteint une telle ampleur, mais chaque nouvelle fuite réduit la marge d’intervention autour d’un sanctuaire naturel désormais directement exposé.
La Rédaction

