Une aire protégée ne peut durablement fonctionner comme une enclave écologique coupée des réalités économiques qui l’entourent. Au Togo, le partenariat lancé en juin avec la Team Europe repose précisément sur cette équation : mieux préserver les écosystèmes tout en faisant émerger autour d’eux des activités capables de créer des revenus, des emplois et de nouvelles perspectives pour les communautés locales.
Prévu pour cinq ans, le programme associe le Togo, l’Union européenne et le Luxembourg autour de la gestion des aires protégées, de l’adaptation climatique et du développement d’une économie verte plus inclusive.
Il prévoit notamment des investissements dans la surveillance des parcs, la restauration des zones dégradées, le reboisement, l’agroécologie, l’écotourisme, les forêts communautaires et la création d’emplois verts.
Protéger ne suffit plus
La logique classique de conservation a longtemps consisté à sanctuariser certains espaces et à en restreindre les usages. Mais lorsque les populations riveraines vivent directement des ressources naturelles, cette approche atteint vite ses limites si elle ne s’accompagne pas d’alternatives économiques crédibles.
Le nouveau partenariat cherche donc à faire de la protection de la biodiversité un levier de développement local. L’écotourisme, les chaînes de valeur durables ou les activités liées aux forêts communautaires doivent permettre de créer de la valeur sans augmenter la pression sur les écosystèmes.
Le ministre de l’Environnement et des Ressources forestières, Dodzi Kokoroko, a d’ailleurs insisté sur cette dimension en présentant les aires protégées comme des espaces capables de soutenir l’emploi et l’activité économique, et non comme de simples zones mises à l’écart.
Le développement local comme test de crédibilité
La réussite du dispositif dépendra toutefois de sa capacité à produire des bénéfices réellement perceptibles pour les communautés.
Si les revenus générés restent marginaux ou captés par quelques acteurs, la protection des espaces risque de rester perçue comme une contrainte extérieure. À l’inverse, si les populations trouvent dans la conservation une source durable d’activité, elles peuvent devenir les premières alliées de la préservation.
La gouvernance locale occupe donc une place importante dans le programme. Les collectivités doivent être davantage associées à la gestion des ressources, à l’économie verte et aux politiques environnementales.
La remise de véhicules et de motos aux services chargés des aires protégées doit par ailleurs renforcer la surveillance face au braconnage et aux autres pressions exercées sur ces espaces.
Le véritable test sera désormais de trouver le bon équilibre. Une aire protégée ne doit ni devenir un territoire figé, ni être ouverte à une exploitation qui finirait par détruire ce qui fait sa valeur.
C’est précisément là que l’économie verte sera jugée : sur sa capacité à faire vivre les territoires sans épuiser le patrimoine naturel dont ils dépendent.
La Rédaction

