Kirghizistan, Biélorussie, Vietnam, Organisation de coopération de Shanghai : derrière la succession des rencontres de Faure Essozimna Gnassingbé à Bichkek apparaît une même orientation. Le Togo cherche à multiplier ses options diplomatiques et économiques dans un monde où les centres de puissance se diversifient. Une ouverture vers l’Est qui ne signifie pas choisir un nouveau camp, mais tenter de disposer de davantage de partenaires pour servir ses propres priorités.
La participation du Président du Conseil au 26e sommet élargi de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS+) aura fourni au Togo bien davantage qu’une tribune internationale. Elle a permis à Lomé de poursuivre, en quelques jours, plusieurs dialogues bilatéraux avec des pays encore relativement éloignés de ses partenariats les plus traditionnels.
À Bichkek, Faure Gnassingbé a ainsi retrouvé le président kirghiz Sadyr Japarov. Les deux dirigeants avaient déjà posé, en avril dernier, les bases d’une coopération couvrant huit secteurs, parmi lesquels l’agriculture, la santé, l’économie numérique, l’éducation, les investissements et le commerce. Cette fois, l’enjeu affiché était celui de la mise en œuvre des engagements déjà conclus.
La multipolarité comme marge de manœuvre
Mais c’est devant l’OCS+ que Faure Gnassingbé a donné une dimension politique plus large à cette séquence. Pour le Président du Conseil, l’émergence de nouveaux pôles de puissance peut permettre aux pays africains de diversifier leurs relations, de réduire certaines dépendances et surtout de choisir leurs partenariats en fonction de leurs propres priorités.
Le propos comporte toutefois une nuance essentielle : davantage de puissances ne garantit pas automatiquement un système international plus juste. Le dirigeant togolais met notamment en garde contre la formation de nouveaux blocs antagonistes et défend une multipolarité accompagnée de règles multilatérales permettant aux États de conserver leur liberté de choix.
Cette position permet de mieux lire le rapprochement actuel avec l’espace asiatique et eurasiatique. Lomé ne donne pas le signal d’un remplacement de ses partenaires traditionnels par un nouveau bloc oriental. Il cherche plutôt à augmenter le nombre de portes auxquelles il peut frapper.
La stratégie est aussi économique. À Bichkek, le Président du Conseil a plaidé pour des partenariats davantage orientés vers l’investissement productif, les infrastructures, la transformation locale et les transferts de technologies, afin que les pays africains puissent créer une part plus importante de la valeur issue de leurs ressources.
De Minsk à Hanoï, des intérêts très concrets
Les entretiens bilatéraux donnent déjà une idée des secteurs recherchés.
Avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko, les discussions ont porté sur la sécurité alimentaire, l’agro-industrie, la mécanisation agricole, les mines et le secteur bancaire. Minsk s’est également déclaré disposé à favoriser des partenariats entre entreprises togolaises et biélorusses. Du côté togolais, les opportunités d’investissement dans l’agriculture ont notamment été mises en avant.
Le dialogue avec le Vietnam révèle une autre piste. Lors de son entretien avec la vice-présidente Võ Thị Ánh Xuân, le Togo s’est intéressé particulièrement à l’expérience vietnamienne dans l’agriculture. Hanoï s’est dit prêt à partager son expertise, transférer des technologies et participer à la formation de ressources humaines agricoles afin de contribuer aux efforts togolais en matière de sécurité alimentaire.
La relation possède déjà une base commerciale non négligeable. Selon les données communiquées par la diplomatie vietnamienne, les échanges entre les deux pays ont atteint 367 millions de dollars en 2025. Sur les sept premiers mois de 2026, les exportations vietnamiennes vers le Togo ont atteint 238 millions de dollars, en progression de 67 % sur un an.
Le véritable test viendra après la diplomatie
Cette multiplication des interlocuteurs ouvre des possibilités, mais elle ne constitue pas encore un résultat économique.
C’est probablement là que se situe désormais le principal défi de cette diplomatie de diversification. Les mémorandums, audiences présidentielles et déclarations de coopération devront progressivement se traduire en investissements, entreprises implantées, technologies transférées, compétences acquises ou capacités de production supplémentaires.
Le cas du Kirghizistan est à cet égard révélateur : quatre mois après la signature de plusieurs accords, les deux gouvernements travaillent désormais à leur concrétisation.
De Bichkek à Hanoï, en passant par Minsk, le Togo ne semble donc pas chercher un nouvel alignement, mais davantage de latitude. Dans un ordre international plus fragmenté, diversifier ses partenaires peut augmenter sa capacité de négociation. Encore faut-il que cette ouverture diplomatique produise des résultats mesurables à Lomé, dans les exploitations agricoles, les entreprises et les chaînes de transformation.
Car pour le Togo, la valeur de ce nouvel échiquier ne se mesurera finalement pas au nombre de partenaires qu’il aura réussi à rapprocher, mais à ce qu’il aura obtenu de chacun d’eux.
La Rédaction

