Après plusieurs semaines d’attente, un conteneur de nourriture et de médicaments envoyé par la Communauté de Sant’Egidio a finalement atteint Santiago de Cuba. Derrière cette livraison humanitaire se dessine une réalité plus préoccupante : pénuries, inflation, manque d’énergie et restrictions internationales compliquent à la fois la vie quotidienne des Cubains et le travail de ceux qui tentent de leur venir en aide.
À Santiago de Cuba, l’arrivée d’un conteneur peut désormais constituer un événement. Celui acheminé par la Communauté de Sant’Egidio transporte de la nourriture et des médicaments destinés en priorité aux familles et aux personnes les plus vulnérables.
Son accostage n’a pourtant rien eu de routinier. Il a fallu attendre plusieurs semaines et surmonter des contraintes administratives et logistiques importantes. Les sanctions économiques américaines compliquent notamment le transport maritime vers l’île, tandis que les pénuries internes rendent ensuite la distribution de l’aide elle-même difficile.
Nourriture, médicaments, énergie : l’essentiel devient difficile d’accès
La livraison intervient alors que les conditions de vie continuent de se dégrader. Innaris Suárez, responsable de Sant’Egidio à Cuba, décrit une population confrontée au manque de nourriture, de médicaments et d’énergie.
Même lorsque certains produits restent disponibles, leur prix les place hors de portée d’une partie de la population. À la pénurie s’ajoute ainsi l’inflation, qui réduit encore davantage le pouvoir d’achat des ménages.
La crise énergétique complique tout le reste. Le manque de carburant perturbe les transports et l’acheminement des marchandises ; les coupures d’électricité affectent leur conservation et le manque de gaz peut rendre plus difficile jusqu’à la préparation des repas.
Une aide tournée vers ceux qui risquent de rester seuls
Les produits arrivés à Santiago de Cuba doivent notamment alimenter les distributions aux personnes vivant dans la rue, les cantines diocésaines et celles d’autres institutions religieuses. Personnes âgées isolées, malades chroniques et personnes handicapées figurent également parmi les bénéficiaires.
Cette opération s’inscrit dans un effort humanitaire plus large. Quelques jours auparavant, Sant’Egidio avait annoncé l’arrivée à La Havane de milliers de boîtes de médicaments, de désinfectants et de matériel sanitaire d’une valeur commerciale supérieure à 700 000 euros, destinés aux malades et aux structures de santé.
Sur place, l’organisation développe aussi des réponses qui dépassent l’aide immédiate : bibliothèque permettant aux jeunes privés d’électricité d’étudier, dispensaire pour les personnes vivant dans la rue ou formations destinées à aider des jeunes à développer de petites activités économiques.
Derrière l’image de Cuba, une fatigue qui s’installe
Mais les besoins restent supérieurs aux moyens disponibles. Innaris Suárez décrit également une autre pénurie, moins visible : celle de l’espoir. L’incertitude sur l’avenir et la crainte d’une nouvelle détérioration alimentent la lassitude d’une partie de la population.
La responsable de Sant’Egidio met surtout en garde contre une vision extérieure parfois romantique d’un Cuba qui résisterait indéfiniment à toutes les difficultés. Derrière cette image se trouve aujourd’hui une société confrontée à des privations très concrètes.
L’arrivée du conteneur à Santiago ne résout évidemment pas la crise cubaine. Elle permet cependant d’en mesurer l’ampleur : lorsque transporter, conserver puis distribuer de la nourriture et des médicaments devient une succession d’obstacles, l’aide humanitaire ne répond plus seulement à la pauvreté. Elle tente de maintenir accessibles des besoins aussi élémentaires que manger, se soigner ou disposer d’électricité.
La Rédaction
Sources : Communauté de Sant’Egidio ; Vatican News

