Construire des toilettes décentes relève de la santé publique, mais aussi du pouvoir d’achat. Au Togo, cette réalité conduit progressivement à déplacer la question de l’assainissement vers un terrain moins attendu : celui de l’inclusion financière. Le développement du « crédit latrine » cherche ainsi à lever un obstacle déterminant pour certains ménages, celui d’un investissement difficile à supporter en une seule fois.
Le principe consiste à permettre aux familles de financer progressivement leur équipement sanitaire. Des crédits compris entre 80 000 et 150 000 FCFA ont ainsi été accordés, avec un taux social de 6 % et un remboursement étalé sur douze mois. Le mécanisme a été déployé dans 17 communes des régions des Savanes, de la Kara et des Plateaux.
Derrière cet instrument financier apparaît une évolution plus profonde : l’absence de latrines n’est plus abordée uniquement comme un déficit d’infrastructures ou de sensibilisation. Elle est également considérée sous l’angle de la capacité économique des ménages à s’équiper.
Faire de l’assainissement une dépense accessible
Cette approche pourrait désormais dépasser le cadre des interventions locales. En 2024, un plaidoyer de haut niveau a porté l’idée d’intégrer le crédit latrine aux dispositifs gouvernementaux d’inclusion financière et de protection sociale.
Un tel passage changerait la nature du mécanisme. L’assainissement ne dépendrait plus seulement de projets ponctuels ou de subventions, mais pourrait rejoindre les politiques destinées à faciliter l’accès des ménages à certains investissements essentiels.
Les résultats rapportés par l’UNICEF donnent la mesure du besoin. En 2024, 76 461 personnes supplémentaires, dont 39 225 femmes, vivaient dans 42 nouvelles communautés urbaines et semi-urbaines déclarées exemptes de défécation à l’air libre. Parallèlement, 71 895 personnes supplémentaires avaient obtenu un accès à des latrines améliorées et conçues pour mieux résister aux aléas climatiques.
Le crédit ne peut cependant pas tout résoudre
Faire entrer les latrines dans l’inclusion financière pose néanmoins une question essentielle : quels ménages peuvent réellement emprunter et rembourser ?
Pour les familles disposant de revenus modestes mais réguliers, étaler la dépense peut suffire à rendre l’investissement possible. Pour les ménages les plus vulnérables, même un crédit à conditions sociales peut rester inaccessible. Le financement ne peut donc se substituer entièrement aux aides publiques ou aux mécanismes de solidarité ; il constitue plutôt un outil supplémentaire entre financement individuel et accompagnement social.
C’est là que se jouera une partie de l’efficacité du dispositif : éviter que la capacité de remboursement devienne elle-même une nouvelle frontière entre ménages équipés et ménages privés d’assainissement convenable.
Des toilettes à l’infrastructure sociale
Le chantier togolais s’élargit par ailleurs au-delà des habitations. Vingt-cinq établissements scolaires disposant de cantines ont bénéficié de latrines à biogaz, concernant 6 551 élèves, dont 3 065 filles. Ces équipements associent amélioration sanitaire et valorisation des déchets organiques.
L’accès à l’assainissement touche également à la scolarisation des filles, notamment lorsque les infrastructures et les dispositifs d’hygiène permettent une meilleure gestion des menstruations.
Le changement le plus significatif est donc peut-être moins visible que les ouvrages eux-mêmes. En rapprochant assainissement, protection sociale et inclusion financière, le Togo commence à considérer les toilettes comme une infrastructure sociale de base. Reste à construire un modèle capable de financer leur diffusion sans laisser précisément de côté les ménages qui en ont le plus besoin.
La Rédaction

