Dans les champs de maïs togolais, la bataille contre la chenille légionnaire d’automne se déplace progressivement en amont. Plutôt que d’attendre que les dégâts deviennent visibles, le dispositif phytosanitaire mise davantage sur la détection précoce afin d’intervenir au moment où les populations du ravageur restent encore maîtrisables.
Le ministère chargé de l’Agriculture, avec l’appui du Programme de résilience du système alimentaire (FSRP-Togo), prévoit ainsi le déploiement progressif de 500 pièges à phéromones dans les principales zones de production de maïs des six régions agricoles du pays. Ces équipements attirent les papillons mâles de la chenille légionnaire et permettent de suivre l’évolution de leur présence avant que l’infestation ne prenne de l’ampleur.
Passer de la réaction à l’anticipation
L’intérêt du dispositif réside moins dans le piège lui-même que dans l’information qu’il produit. En suivant l’évolution des captures, les techniciens peuvent repérer plus tôt une augmentation de la pression parasitaire et déclencher les mesures de lutte au moment jugé le plus efficace.
Cette approche peut réduire les interventions tardives, souvent plus coûteuses, mais aussi limiter le recours systématique aux traitements phytosanitaires. Le ministère présente d’ailleurs le dispositif comme un outil de lutte intégrée, destiné à protéger les rendements tout en réduisant l’impact environnemental des réponses chimiques.
180 conseillers au cœur du réseau de veille
La technologie ne fonctionne toutefois qu’à condition d’être accompagnée d’un suivi régulier. Cent quatre-vingts conseillers agricoles — notamment des CTGEA et des techniciens spécialisés — ont été formés et ont reçu chacun un piège lors de la première phase. Ils doivent assurer l’installation, la maintenance, la collecte des données et l’accompagnement des producteurs.
L’enjeu devient donc aussi celui de la circulation de l’information entre les champs et les services agricoles. Plus une alerte est détectée tôt et transmise rapidement, plus la réponse peut être ciblée.
Pour le Togo, où le maïs occupe une place centrale dans l’alimentation et les exploitations familiales, la surveillance phytosanitaire tend ainsi à devenir un véritable système d’alerte agricole. La performance ne se mesurera plus seulement à la capacité de combattre un ravageur, mais à celle de le voir arriver suffisamment tôt pour éviter qu’il ne compromette la récolte.
La Rédaction

