Peut-on combattre durablement la corruption sans agir sur les comportements dès l’école ? Au Togo, une nouvelle démarche pédagogique entend faire de l’intégrité, de la responsabilité et du respect du bien commun des apprentissages à part entière. L’objectif est d’intégrer progressivement la prévention de la corruption dans les programmes scolaires, en dépassant les simples discours moralisateurs pour privilégier des situations concrètes.
La lutte contre la corruption ne commence pas nécessairement dans les tribunaux ou les institutions de contrôle. Elle peut aussi prendre forme dans une salle de classe, lorsqu’un élève apprend à reconnaître un abus de pouvoir, à refuser une faveur injustifiée ou à comprendre les conséquences d’une décision contraire à l’intérêt collectif.
Cette approche inspire le projet d’intégration de l’éducation à la lutte contre la corruption dans les curricula de l’enseignement général et technique au Togo.
Transformer les valeurs en apprentissages concrets
Pour préparer cette évolution, la Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) a réuni à Lomé, du 19 au 22 octobre 2026, des enseignants et des spécialistes du développement des programmes scolaires.
Avec l’appui de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), à travers son initiative GRACE, les participants ont été invités à explorer des ressources pédagogiques fondées sur l’apprentissage actif.
L’approche privilégie la participation des élèves, l’analyse de situations et la réflexion sur les choix individuels. Elle doit également être adaptée aux réalités togolaises afin de pouvoir s’inscrire dans les pratiques quotidiennes des établissements.
Prévenir avant d’avoir à sanctionner
Pour le président de la HAPLUCIA, Aba Kimelabalou, les sanctions et les mécanismes institutionnels demeurent nécessaires, mais ne suffisent pas à modifier durablement les comportements.
L’éducation doit aussi développer le sens des responsabilités et la conscience des conséquences sociales de la corruption.
Cette orientation a été soutenue par Isatou Batonon, représentante du système des Nations unies, qui a souligné l’importance de donner aux enseignants les moyens de transmettre une véritable culture de l’intégrité.
Un chantier qui dépasse la salle de classe
L’intégration de ces contenus dans les programmes scolaires suppose désormais un travail de conception, de formation et d’accompagnement des enseignants.
Le défi sera également de rendre les enseignements crédibles auprès des élèves. Les valeurs transmises à l’école gagnent en force lorsqu’elles trouvent un prolongement dans les pratiques des institutions, des familles et de la société.
En misant sur l’éducation, le Togo engage ainsi une démarche de prévention à long terme. Son ambition n’est pas seulement d’apprendre aux jeunes ce qu’est la corruption, mais de leur donner les moyens de la reconnaître et de ne pas la reproduire.
La Rédaction

