Produire davantage ne suffit pas à rendre une filière agricole compétitive. Encore faut-il organiser les relations entre producteurs, transformateurs et exportateurs, sécuriser les débouchés et financer les investissements collectifs. Au Togo, les filières ananas, mangue et soja se dotent de nouveaux instruments de gouvernance pour mieux structurer leurs activités et renforcer leur position sur les marchés.
Dans l’agriculture togolaise, la création de valeur dépend autant des performances des exploitations que de l’organisation des circuits commerciaux. Lorsque les relations entre les différents intervenants restent insuffisamment encadrées, les producteurs peuvent manquer de visibilité sur leurs débouchés, tandis que les transformateurs peinent à sécuriser leurs approvisionnements.
C’est à ces difficultés que répondent les nouveaux outils validés en septembre par les acteurs des filières ananas, mangue et soja. Élaborés dans le cadre du Programme de promotion de la compétitivité du secteur privé (ProComp), ils visent à renforcer le fonctionnement des interprofessions, ces organisations qui réunissent les différents métiers d’une même chaîne de valeur.
Des règles communes pour sécuriser les échanges
Six accords interprofessionnels, soit deux par filière, ont été validés. Ils portent sur la contractualisation entre les acteurs et sur un mécanisme de contribution volontaire obligatoire destiné au financement des actions collectives.
La contractualisation doit permettre de mieux définir les engagements commerciaux, notamment entre producteurs, acheteurs et transformateurs. Elle peut contribuer à réduire les incertitudes sur les quantités, les conditions de livraison et les débouchés, sous réserve que les contrats soient équilibrés et effectivement respectés.
Le financement collectif répond à une autre nécessité : donner aux interprofessions les moyens de conduire des initiatives bénéficiant à l’ensemble de leurs membres. La contribution volontaire obligatoire repose sur une participation organisée au financement d’actions communes, dont les modalités devront garantir la transparence et une répartition équitable des charges.
Trois accords-cadres entre l’État et les interprofessions complètent ce dispositif. Ils établissent les bases d’une collaboration destinée à accompagner le développement des filières, tout en clarifiant les responsabilités des parties prenantes.
Le soja, entre exportation et transformation locale
La filière soja illustre particulièrement les ambitions de cette réorganisation. Les modèles économiques examinés privilégient plusieurs orientations complémentaires : transformation semi-industrielle, exportation de soja biologique certifié et intégration des activités de production, de transformation et de commercialisation internationale.
L’enjeu est de dépasser une logique principalement fondée sur la vente de matières premières. En développant les capacités de transformation, le Togo pourrait conserver une part plus importante de la valeur ajoutée, diversifier les débouchés et renforcer les liens entre agriculture et industrie.
Le plan de développement de la filière, établi à l’horizon 2035, prévoit également que les femmes et les jeunes représentent au moins 40 % des bénéficiaires des actions de transformation et d’accompagnement. Cette orientation introduit une dimension sociale dans une stratégie qui ne peut être évaluée uniquement à partir des volumes exportés.
Une nouvelle organisation à confirmer sur le terrain
Pour les filières ananas et mangue, comme pour le soja, la structuration des interprofessions pourrait faciliter la coordination des investissements, l’amélioration de la qualité des produits et l’accès à de nouveaux marchés. Elle pourrait aussi renforcer la capacité des acteurs à défendre des priorités communes face aux contraintes de financement et de commercialisation.
Toutefois, la validation des accords constitue une étape institutionnelle, non un résultat économique acquis. Leur efficacité dépendra de leur application, de la confiance entre les membres et de la capacité des organisations à rendre compte de l’utilisation des ressources collectives.
Le véritable enjeu pour l’agriculture togolaise est désormais de transformer cette organisation en avantages concrets : des débouchés plus prévisibles pour les producteurs, des approvisionnements mieux sécurisés pour les industriels et une plus grande part de richesse créée et conservée localement.
La Rédaction

