Des véhicules incendiés, des commerces pillés et de nouvelles tensions contre les étrangers : les violences survenues jeudi 8 octobre à Soweto et Durban ravivent une fracture persistante en Afrique du Sud. Déclenchées sur fond de contestation d’une décision relative au droit d’asile, elles interrogent aussi la mémoire d’un pays dont la lutte contre l’apartheid avait bénéficié d’une importante solidarité africaine.
À Soweto, près de Johannesburg, comme à Durban, les carcasses de véhicules incendiés témoignent d’une nouvelle flambée de violences liées à l’immigration. Au moins 24 véhicules ont été détruits jeudi 8 octobre, selon les informations communiquées par la police, tandis que plusieurs commerces, notamment tenus par des étrangers, ont été pillés.
Dix véhicules ont été incendiés à Soweto et quatorze à Durban, selon le bilan rapporté par l’Associated Press. Trois personnes ont été arrêtées dans la province du KwaZulu-Natal. La commissaire nationale de police par intérim, Puleng Dimpane, a condamné les destructions et promis des poursuites contre leurs auteurs.
Une décision judiciaire au cœur des tensions
À l’origine de cette mobilisation figure une décision de la Cour constitutionnelle concernant l’accès aux procédures d’asile. Contrairement à certaines affirmations diffusées dans le débat public, la justice n’a pas accordé un droit automatique de résidence aux personnes entrées irrégulièrement en Afrique du Sud.
Elle a précisé que l’irrégularité de l’entrée sur le territoire ne pouvait, à elle seule, empêcher une personne de présenter une demande d’asile. Les autorités conservent la responsabilité d’examiner chaque dossier et de déterminer si les conditions de protection sont remplies.
Cette distinction juridique s’est trouvée brouillée par des messages laissant croire à une régularisation généralisée. Dans un climat de défiance envers l’immigration, ces interprétations ont contribué à alimenter la colère.
Le poids des difficultés économiques
Les tensions contre les étrangers ne constituent pas un phénomène nouveau en Afrique du Sud. Elles ressurgissent régulièrement dans les quartiers populaires, où le chômage, les inégalités et la précarité nourrissent une concurrence ressentie autour de l’emploi, du logement et des petits commerces.
Certains mouvements accusent les migrants d’aggraver ces difficultés ou de favoriser la criminalité. Ces accusations générales ne démontrent pourtant pas que l’immigration serait responsable des problèmes structurels de l’économie sud-africaine.
Le défi pour les autorités consiste à répondre aux préoccupations sociales sans laisser les étrangers devenir les responsables désignés de frustrations collectives. La lutte contre l’immigration irrégulière relève des institutions compétentes ; elle ne saurait justifier les agressions, les pillages ou les incendies.
Quand la mémoire de l’apartheid interroge le présent
Ces événements prennent une dimension particulière au regard de l’histoire sud-africaine. Durant les décennies de lutte contre l’apartheid, plusieurs pays africains ont accueilli des militants, des réfugiés et des structures de l’African National Congress (ANC).
La Tanzanie, la Zambie, l’Angola ou encore le Botswana ont joué des rôles importants dans cette solidarité, parfois au prix de tensions diplomatiques et de représailles du régime de Pretoria.
Ce passé ne signifie pas que chaque Sud-Africain d’aujourd’hui devrait porter une dette personnelle envers les autres peuples africains. Il rappelle cependant que la liberté conquise en 1994 s’inscrit aussi dans une histoire de soutien régional.
Une interrogation demeure : les Sud-Africains vivant eux-mêmes à l’étranger sont-ils toujours à l’abri des discriminations et des rejets liés à leur nationalité ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais répondre à cette question exige des faits documentés, plutôt qu’une comparaison générale entre populations.
La répétition des violences xénophobes révèle ainsi une difficulté profonde : concilier les tensions sociales du présent avec les principes d’égalité et de dignité issus de la transition démocratique. Plus de trente ans après la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud reste confrontée à un enjeu essentiel : faire en sorte que les frustrations économiques ne se transforment pas en hostilité envers ceux qui viennent d’ailleurs.
La Rédaction
Sources :
- Associated Press, 8 octobre 2026, violences à Soweto et Durban liées aux manifestations contre une décision sur l’asile.
- Reuters, 8 octobre 2026, South Africa blames disinformation as anti-migrant protests turn violent.
- Oxford Research Encyclopedia of African History, Colin Bundy, South Africa’s African National Congress in Exile, 2018.
- South African History Online, Tanzania and its Support of Southern African Liberation Movements.

