Onze corps de femmes retrouvés en quelques semaines en Afrique du Sud. Cinquante féminicides recensés en quatre mois au Cameroun. À plusieurs milliers de kilomètres de distance, les deux pays sont confrontés à une même urgence : empêcher que la dénonciation des violences faites aux femmes ne reste sans effets concrets.
En Afrique du Sud, la découverte depuis la mi-juillet des corps de 11 femmes à Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg, a provoqué une nouvelle onde de choc. Plusieurs victimes, principalement âgées de 20 à 30 ans, auraient été retrouvées dévêtues et certaines présentaient des signes d’agression sexuelle.
Cyril Ramaphosa a reconnu que les mesures engagées jusqu’ici n’avaient pas suffi. Le président a ordonné à chaque municipalité d’identifier les espaces exposant particulièrement les femmes : rues mal éclairées, bâtiments abandonnés, parcs, transports ou zones insuffisamment sécurisées. Police et parquet doivent également réexaminer certains dossiers non résolus concernant des femmes et des enfants.
Deux pays, deux réponses encore incomplètes
L’Afrique du Sud dispose pourtant depuis 2024 d’une législation instituant un Conseil national consacré aux violences fondées sur le genre et aux féminicides. Les nouvelles mesures montrent cependant que l’existence d’un cadre institutionnel ne suffit pas lorsque la prévention, les enquêtes et la sécurisation de l’espace public restent défaillantes.
Au Cameroun, le problème se pose également sur le terrain juridique. Les chiffres officiels font état de 50 féminicides entre janvier et avril 2026, contre 77 sur l’ensemble de l’année 2025. Pourtant, le Code pénal ne reconnaît toujours pas le féminicide comme une infraction spécifique : les auteurs sont poursuivis sous les qualifications de meurtre ou d’assassinat.
Un projet de loi préparé depuis plusieurs années devrait être soumis au Parlement lors de la session de novembre. Ses défenseurs estiment qu’une définition juridique spécifique permettrait de mieux prendre en compte les violences conjugales et d’harmoniser la réponse judiciaire.
Quand l’impunité nourrit la violence
Au Cameroun, les associations dénoncent surtout les arrangements à l’amiable et le sentiment d’impunité qui peut entourer certaines violences. Le 19 septembre, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Yaoundé pour réclamer une réponse plus ferme des autorités et une meilleure protection des femmes.
En Afrique du Sud, l’urgence annoncée par Ramaphosa porte davantage sur l’application des dispositifs existants. La réouverture d’affaires non résolues, l’accélération des procédures et les audits municipaux traduisent la volonté de déplacer la lutte contre les féminicides vers la prévention quotidienne.
Les deux situations convergent ainsi vers une même question : comment transformer les lois, les institutions et les annonces politiques en protection effective ?
Une crise qui dépasse les frontières
Le problème dépasse largement ces deux pays. Selon ONU Femmes et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, l’Afrique demeure la région présentant le taux le plus élevé de féminicides commis par un partenaire intime ou un membre de la famille.
Le Cameroun cherche encore à renforcer son arsenal juridique. L’Afrique du Sud, déjà dotée de mécanismes spécifiques, tente d’en améliorer l’efficacité. Deux étapes différentes d’un même combat qui montrent que la réponse ne peut se limiter à criminaliser davantage : elle suppose aussi des enquêtes efficaces, une justice accessible et des dispositifs capables de protéger les femmes avant que les violences ne deviennent mortelles.
La Rédaction
Sources : Associated Press ; AFP ; ONU Femmes ; Office des Nations unies contre la drogue et le crime ; gouvernement sud-africain, septembre 2026.

