À São Tomé-et-Príncipe, les élections du 27 septembre ont remis en lumière une inquiétude qui dépasse les alternances politiques : le départ continu d’une partie de la jeunesse. Dans cet archipel du golfe de Guinée, près d’un habitant sur cinq vit désormais à l’étranger. Pour les futurs dirigeants, le défi ne sera pas seulement de créer des emplois, mais de rendre à une génération la possibilité de construire son avenir sans devoir quitter son pays.
Dans un État de quelque 210 000 habitants, chaque départ compte. À São Tomé-et-Príncipe, l’émigration est devenue l’une des expressions les plus visibles des difficultés économiques. Le manque de débouchés professionnels, la faiblesse des revenus et les perspectives limitées poussent de nombreux jeunes à rechercher ailleurs les possibilités qu’ils peinent à trouver dans l’archipel.
Les élections législatives, municipales et régionales organisées dimanche ont replacé cette préoccupation au centre des attentes sociales. Derrière les demandes d’amélioration des conditions de vie se dessine une question plus profonde : comment permettre à un petit pays insulaire de conserver les forces humaines dont il a précisément besoin pour se développer ?
Une génération qui construit son avenir ailleurs
Selon les estimations présentées par la Banque mondiale en 2025, près de 40 000 São-Toméens vivent à l’étranger, soit l’équivalent d’environ 18 % de la population résidente. Le Portugal constitue l’une des principales destinations, aux côtés d’autres pays lusophones et africains, notamment l’Angola et le Gabon.
Pour les jeunes, le départ répond souvent à une nécessité économique. Il permet d’accéder à des formations, à des emplois mieux rémunérés ou simplement à un marché du travail offrant davantage de possibilités. Mais à l’échelle nationale, cette mobilité représente aussi une perte progressive de compétences, d’énergie productive et de capacités d’innovation.
L’émigration ne constitue pas en elle-même un échec. Une diaspora peut contribuer au développement de son pays d’origine par les transferts financiers, l’investissement et la circulation des connaissances. Le problème apparaît lorsque le départ devient la principale perspective d’ascension sociale et que l’économie nationale peine à tirer pleinement parti des liens entretenus avec ses ressortissants établis à l’étranger.
Une économie trop étroite pour retenir ses forces vives
La situation tient en partie aux caractéristiques économiques de l’archipel. L’étroitesse du marché intérieur, les coûts liés à l’insularité, la dépendance aux importations et la faiblesse des débouchés privés limitent les possibilités d’emploi. Le tourisme, l’agriculture, la pêche et les services présentent un potentiel de développement, mais leur capacité à absorber une jeunesse en quête de revenus stables demeure insuffisante.
Les données de la Banque mondiale illustrent cette difficulté : en 2025, environ 21 % des personnes âgées de 15 ans et plus occupaient un emploi, tandis qu’une proportion importante des jeunes restait en dehors de l’emploi, de l’enseignement et de la formation.
Cette situation entretient un cercle difficile à rompre. Le manque d’opportunités encourage l’émigration, tandis que le départ d’une partie de la population active réduit les ressources humaines disponibles pour développer de nouvelles activités économiques. Les familles peuvent bénéficier du soutien de leurs proches expatriés, mais les transferts d’argent ne remplacent ni une politique industrielle, ni un tissu entrepreneurial capable de créer durablement des emplois.
Après les urnes, rendre le départ moins nécessaire
Sept formations politiques étaient engagées dans la compétition pour les 55 sièges de l’Assemblée nationale, notamment l’Action démocratique indépendante (ADI) et le Mouvement pour la libération de São Tomé-et-Príncipe (MLSTP). Au-delà de la répartition des sièges, les défis économiques et sociaux demeureront déterminants pour les institutions issues du scrutin.
Répondre à l’exode des jeunes supposera notamment de renforcer la formation professionnelle, de faciliter l’accès au financement des petites entreprises et de développer des activités capables de créer davantage de valeur sur le territoire. L’enjeu concerne également la diaspora, dont les compétences et les investissements pourraient être mieux mobilisés sans faire du retour au pays une obligation.
Dans cet archipel où les ressources humaines constituent un capital particulièrement précieux, la question démographique rejoint ainsi directement celle du développement. Chaque jeune qui part conserve naturellement le droit de chercher ailleurs de meilleures perspectives. Mais lorsque cette décision devient presque incontournable pour espérer progresser socialement, elle révèle les limites du modèle économique national.
Pour São Tomé-et-Príncipe, le véritable enjeu de l’après-scrutin sera donc moins de retenir sa jeunesse que de lui rendre une liberté essentielle : celle de pouvoir rester.
La Rédaction
Sources : Banque mondiale, données et analyses économiques sur São Tomé-et-Príncipe (2025) ; dépêche électorale du 27 septembre 2026.

