Depuis mercredi, Blitta et l’Ogou ne sont plus seulement deux districts où progressent les cas de rougeole : ils sont officiellement en situation d’épidémie. Quatre jours après cette déclaration, l’enjeu dépasse désormais l’alerte elle-même. Parce qu’elle compte parmi les maladies les plus contagieuses, la rougeole possède une particularité : lorsqu’elle recommence à circuler, elle révèle rapidement les communautés dans lesquelles trop de personnes restent insuffisamment protégées.
La recrudescence est observée depuis le début du mois de septembre à Blitta, dans la région Centrale, et dans l’Ogou, dans les Plateaux. Le ministre de la Santé, Jean-Marie Koffi Ewonoule Tessi, a officialisé la situation épidémique le 23 septembre. Depuis, recherche active des cas, prise en charge, surveillance épidémiologique et système d’alerte ont été renforcés.
Le nombre précis de cas à l’origine de la déclaration n’a cependant pas été rendu public dans le communiqué. Cette absence impose de ne pas mesurer l’ampleur de l’épisode au-delà de ce que permettent les informations disponibles. Elle n’empêche pas d’en comprendre le principal enjeu sanitaire : interrompre rapidement les chaînes de transmission.
Une maladie qui repère les failles
La rougeole se prête particulièrement mal aux approximations en matière de couverture vaccinale. Le virus se transmet par voie aérienne lorsqu’une personne infectée respire, tousse ou éternue. Fièvre élevée, toux, écoulement nasal puis éruption cutanée figurent parmi ses manifestations les plus caractéristiques. Des complications graves peuvent survenir, notamment chez les jeunes enfants.
Surtout, sa très forte contagiosité lui permet d’exploiter rapidement les concentrations de personnes non immunisées. L’OMS et l’UNICEF considèrent ainsi la rougeole comme un indicateur particulièrement sensible des insuffisances de vaccination. Pour empêcher durablement les flambées, une couverture d’au moins 95 % avec deux doses est généralement nécessaire.
Le précédent togolais invite à prendre ce signal au sérieux. En 2025, une flambée commencée à Wawa avait progressivement concerné 24 des 39 districts sanitaires. Au 22 juin, l’OMS recensait 628 cas suspects, dont 353 confirmés. Aucun décès n’avait alors été enregistré.
Le défi de la deuxième dose
Le problème ne consiste donc pas uniquement à administrer un premier vaccin. Il faut aussi maintenir les enfants dans le parcours vaccinal jusqu’à la deuxième dose.
Les données disponibles montrent précisément cette fragilité. Les estimations OMS-UNICEF situaient en 2023 la couverture togolaise à 72 % pour la première dose contre seulement 58 % pour la deuxième. Une étude scientifique publiée en 2026 sur la rougeole pédiatrique au Togo montre également que, parmi les cas suspects étudiés entre 2020 et 2024, la confirmation de la maladie était nettement plus fréquente chez les enfants n’ayant reçu aucune dose.
Depuis, des efforts de rattrapage ont été engagés. Le Togo a notamment participé au programme international « Big Catch-Up », destiné aux enfants ayant manqué tout ou partie de leurs vaccinations. En avril 2026, l’UNICEF classait le pays parmi ceux ayant réussi à atteindre plus de 60 % des enfants « zéro dose » ciblés par cette initiative.
La déclaration de Blitta et de l’Ogou montre cependant que rattraper les enfants manqués reste un travail permanent : une bonne couverture nationale peut masquer des poches locales suffisamment importantes pour permettre au virus de repartir.
Après l’alerte, retrouver les personnes exposées
C’est désormais là que se joue la riposte. Le ministère demande aux parents de vérifier la vaccination de leurs enfants conformément au Programme élargi de vaccination et recommande une consultation rapide devant une fièvre accompagnée notamment d’éruptions cutanées, de toux, de rhume ou de conjonctivite.
Les gestes d’hygiène restent utiles, mais ils ne remplacent pas la vaccination, qui demeure le principal moyen de prévention. Quatre jours après la déclaration d’épidémie, la question essentielle n’est donc plus seulement de savoir que la rougeole circule à Blitta et dans l’Ogou. Elle consiste à identifier jusqu’où elle a circulé et, surtout, quelles personnes elle a pu atteindre parce qu’elles étaient encore insuffisamment protégées.
Dans une maladie aussi contagieuse, chaque foyer local constitue ainsi une information sur l’ensemble du système vaccinal. Blitta et l’Ogou ne signalent pas seulement le retour d’un virus : ils montrent les endroits où l’immunité collective doit encore être consolidée.
La Rédaction
Sources : ministère de la Santé ; OMS ; UNICEF.

